Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 11:26

LUG

 

A c'halloudus !03---lug.jpg

Diwaller pep tra veo.

Mesaer ar stered.

Kadour meur.

Ra vezi meulet, a Lug !

Tad madelezus hor gouenn.

 

E kreiz an arvar edomp,

e-pad hor beaj spouronnus,

p'ac'h eus lakaet warnomp

da zaouarn lintrus

evit hon hencha en noz teñval.

Hag er beure boull lugernus

ec'h eus diskouezet d'imp

an inizi glaz,

ar c'hoummoul o sevel azioc'h d'ezo

eur gurunenn aour.

 

*

**

War guzat ez ae an heol.

N'oamp aet c'hoaz

m'en em sile e vannou diweza er sal vras

war ar c'hoadadur prenn-dero,

war an hanafiou dileuniet.

Gweñvi a rae an diviz ;

er gompezenn e save ar moged gwenn

diouz an tiez-soul.

Diwez eun devez hìnon e oa

eus ar vuhez heson a gimiademp diouti.

 

Para a rae al loar-gann ;

en hentou doun, a-hed ar c'hleuziou e kerzemp,

dindan he skeudenn groumm, he skeudenn c'hlan.

Tremen a raemp dre geriadennou moredet,

kousket enno an dud dirat ha dihuñvre,

lorc'h ennomp dre m'o diwallemp

gant hon armou.

 

Setu ni degouezet gant ar roc'h digenvez.

Arzao a vo amañ.

Kreñvoc'h e lamm ar gwad en hor gwazied ;

leun a nerz eman pep tra ;

an hevelep nerz a zo bet er c'halonou taer

o deus kresket hor gouenn

a deu betek ennomp hizio.

*

**

Petra ' rez te, e korn an oaled,

gant prenestrou serret ha stalafiou prennet,

o selaou reuzeudik ouz kammedou pounner

a laka an heirt da dregerni ?

 

Petra ' rez, pa emañ an avel

o redek war ar grec'hienn,

war ar reier kalet,

war ar geot lufrus ha druz, pleget ganti,

pa bar an heol, pa stourm pep tra ?

 

Deus ganimp da c'hoarzin, da youc'hal, da skei.

Hir e vo an hent, kaer e vo ar c'hrogad,

war ar roudou m'o deus kantreet warno

hon hendadou.

 

A zouar koz, a ouenn, a zo bet entanet ouzoc'h

hor c'halonou chalus,

roet hoc'h eus d'imp pep tra.

Kemend ali e feti d'imp adrei d’oc'h.

Desket hoc'h eus if imp penaes

e tie eur gwir Vrezon beva,

beva evit mervel,

mervel evit beva.

 

Ha soñj hoc'h eus, mabinog,

en nozvez-mañ ma oamp aet d’ober ged,

pa save Gwerelaouen war-du ar Reter,

pa selaouemp ouz kanenn didrouz ar stered

en noz garo.

 

Petra o deus kanet d’it ar stered ?

Kan kriz ha didruez ar c'hlod eo.

Bremaïk e vo goulou-deiz ;

diougan arne a zo gant an oabl ru.

Sell ouziñ 'ta, diskouez d’iñ da zaoulagad.

Seder int. Da nerz a vo va nerz.

Deomp a gevret

d'an argad benniget.

 

Aotrou ar sklêrijenn !

Digor eo da Ved evidomp

da vibien doujus.

Kinnig a rez d'imp e vadou

Broiou   da aloubi,

hentou da ergerzout,

goulou-deiz d'az saludi

serr-noz d'az azeuli ;

klezeier da lufra,

enebourien da laza,

avel da lonka,

mezeglen da eva

gant ar re wella

ez Kwenva.

KADWALLON

 Gwengolo  1937.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Chants et poèmes
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Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 14:50

02---Demarrage.jpgL'année 937 fut une grande année dans l'histoire de Bretagne : elle a marqué la résurrection de notre pays dévasté par les pirates du Nord. L'année 1937, à un intervalle de mille ans, sera peut-être considérée plus tard comme le point de départ de la seconde résurrection de notre patrie, après qu'elle se soit trouvée pour la deuxième fois au bord du tombeau.

Depuis quelques quinze ans, presque chaque année a enregistré sous un rapport ou sous un autre un progrès dans la voie de notre relèvement national. Il y a eu l'année de la naissance de Gwalarn, celle de Breiz Atao hebdomadaire, l'année de la fondation du Parti Autonomiste, celle de la destruction du monument de l'Union et celle de la première Auberge de Jeunesse. Mais, il ne semble pas qu'aucune année ait encore apporté comme 1937, un pareil faisceau de réussites et surtout de témoignages certains du démarrage pour de bon de notre mouvement national. On pouvait encore songer, il y a un an, à écrire une étude sur les causes de notre «piétinement». Nous voyons maintenant qu'il n'y avait pas piétinement, mais germination. Il suffisait d'attendre.

A Perros-Guirec, assises de l'ABES, l'Union pour 1'Enseignement du Breton. Pour la première fois, des parlementaires s'y rendent et y prennent part. Peu importe ce qu'ils disent. Leur présence à cette réunion, de même que la constitution spontanée peu de temps avant à la Chambre d'un groupe actif de Défense des Intérêts Bretons, prouve seulement une chose, c'est que l'idée bretonne se révèle cette année comme un facteur électoral que personne ne peut plus négliger. Il en est ainsi parce que l'idée bretonne est entrée dans le peuple. Elle a quitté les cercles restreints qui l'ont élaborée, elle a commencé à vivre de sa vie propre dans les masses, elle est devenue un mythe populaire. 1937 pointe le succès décisif de notre propagande générale.

Sur les landes du Trévézel, pour la première fois, de jeunes Bretons se réunissent pour se plier volontairement à une discipline militaire. Ils marchent en colonne la tête droite, les membres tendus, sans une parole. Ils manœuvrent sec au commandement, en breton bien entendu. Ils souffrent sans mot dire des fatigues de la marche et des exercices, du froid des nuits, de la pluie. Ils s'entraînent à la signalisation. Année 1937 : l'armée bretonne est née, (n'aurait-elle que 5 ou 50 hommes).

Congrès du Parti National à Carhaix. Des tendances différentes vont s'affronter, des questions de personnes ont été soulevées. Va-t'il se produire ces vains chocs d'amour-propre qui, jusqu'ici, ont toujours brisé les efforts bretons au moment où ils vont porter leurs fruits ? Contrairement aux pronostics de ceux qui croient connaître « leur » Bretagne, Carhaix est un congrès d'union et de discipline patriotique. Dans les annales du mouvement, 1937 restera l'année où, pour la première fois, dans des circonstances qui, auparavant, avaient toujours été fatales, l'esprit politique a triomphé de l'esprit de clan. Année 1937, année de maturité politique : les valeurs nationales ont eu la primauté.

Plougastel. Un à un, devant l'assistance la plus choisie de Bretagne, les conférenciers se succèdent à la tribune. Il s'agit de sciences, de métiers, d'arts, de tout l'effort de ceux qui, dans les sphères les plus différentes, cherchent à rendre son rôle à l'esprit breton et à mettre les choses dans leur ordre naturel. Il y a trois ans, les conférences étaient en français ; l'année dernière, à Roscoff quelques unes furent en breton. Cette année, la majorité des conférenciers s'exprime dans la langue nationale, et l'on peut dire en entendant l'un parler d'artisanat ou l'autre de questions maritimes, dans une langue châtiée et technique, sans qu'il soit fait le moindre appel aux terminologies internationales ou aux formes dialectales, qu'en 1937, le breton, langue de culture moderne, est entré en usage public.

Daoulas, réunion des Amis de Stur. Tous les éléments du mouvement breton ont leurs représentants, réunis et fondus par leur commun souci de réaliser, en commençant par la pensée, une totalité bretonne. Nous pouvons rire des marxistes qui n'existent que par un livre. Nous, nous élaborons notre être conscient et toute notre vie en fonction du principe breton. Nous avons porté l'idée bretonne au centre de l'homme breton. Les conflits qui en résultent doivent être compris comme une conséquence logique des divergences naturelles qui existent entre les hommes. An 1937, une élite bretonne a pris conscience de ses liens et de ses responsabilités.

Camps de Trézevel et de Sizun, de Menez Kador, de Penfoull, de Plouger et un peu partout sur les pistes de Bretagne : nuits sous la tente, nuits dans les champs ; courses sans bagages ; torses nus qui se penchent à l'aube sur l'eau fraîche des fontaines ; repas debout en riant, d'un quignon de pain et d'un quart de café, de n'importe quoi ; vie à la dure et à la diable, peau tannées comme du cuir ; jamais d'argent, jamais d'hôtel, et de la joie à faire éclater le cœur. Etreinte du sol de Bretagne. Année 1937 : les corps ont compris.

Exposition de Paris. Par les formes et les couleurs, les jeux d'ombre et de lumière, le verbe s'alliant à la plastique, l'âme nationale de notre peuple trouve sa première éclatante expression, synthèse magnifique et parlante de tout ce qui a été senti, pensé, voulu et fait depuis cinquante ans par trois générations de poètes, de peintres, de sculpteurs, d'écrivains, de savants et d'hommes politiques. An 1937, pour la première fois, la Bretagne s'est manifestée publiquement sans nous décevoir; bien plus, elle nous a émerveillés.

Pas de cloisonnements, pas d'hommes partiels : tous communient. Le poète milite dans les rangs du parti ; le savant va dormir sur la paille ; l'artiste sonne des danses; l'écrivain enseigne les étudiants; l'athlète apprend des leçons de grammaire. Ils marchent ensemble, ils rient ensemble, ils mangent à la même table, tous différents, tous semblables. An 1937 : le Breton «total» est né.

Les heureux : ceux qui ont compris. On les remarque à leur manière de marcher, de porter la tête, d'entrer dans un lieu public, d'adresser la parole à un paysan sur le chemin. Ceux-là savent que la Bretagne est leur chose et que nous serons les vainqueurs de la lutte. Ils ne se soucient ni de circonlocutions, ni de compromis. Ils n'ont plus besoin ni de discuter, ni de démontrer : ils vont leur chemin sainement et d'un pas vif. La victoire est là tout près, ils la sentent comme de bons chiens de chasse, et leurs mains sont prêtes à l'empoigner. Ils sont gais, parce qu'ils sont sûrs de la fin. La Bretagne gagnera et la France est foutue, irrémédiablement foutue, ils le savent. Une énorme force les possède et les emporte, et emporte les autres avec eux. An 1937 : le Breton conquérant a pris possession de la Bretagne.

Il y a encore des nains qui n'ont rien vu de tout cela et qui continueront à murmurer que « ça ne va pas ». Laissons les dire ; il faut de tout pour faire un monde et une nation.

Stur.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Editoriaux
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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 04:30

    Les idées que nous avons mises en circulation dans le mouvement breton depuis que no01---Entre-nous.jpgtre doctrine se précise, n'ont pas été sans y causer une certaine perturbation. On ne se fait pas faute de nous en faire grief. Hélas, nous ne parvenons pas à nous désoler de cette agitation des sentiments et de l'esprit, qui s'éveille parmi nous. Toute prise de position nouvelle entraîne nécessairement une modification des rapports humains et elle s'accompagne des heurts que rencontre toujours ce qui est nouveau.

    La bagarre dans les cerveaux, en cette année 1937, nous rappelle la bataille dans les cœurs que détermina, entre les années 1922 et 1927, l'affirmation nationale de BREIZ ATAO. Mêmes indignations, mêmes reproches de diviser le mouvement, mêmes critiques de s'inspirer de « l'étranger», même paresse à renouveler une manière de penser qui est devenue une indolente habitude !

   Pourtant le programme de nos préoccupations s'est considérablement modifié au cours de ces dernières années et il n'est pas inconcevable que nous abordions des problèmes qui jusque là ne se posaient guère. La question n'est plus de savoir si la Bretagne est ou n'est pas française, si son intérêt est ou n'est pas de se gouverner elle-même. Qui n'est pas encore fixé sur l'un ou l'autre de ces points, fait désormais figure parmi nous de fossile ou d'ignorant. La question est de savoir si la Bretagne est capable de se doter d'une culture originale ou si elle doit se contenter de mettre en breton les conclusions d'une philosophie étrangère.

   Certains n'ont pas encore fait face au dilemme. D'autres n'en prendront jamais conscience, parce qu'ils sont inaptes à s'élever au-dessus d'un certains niveau de discernement. Nous ne songeons pas à nous en désoler. Il est normal et même excellent que notre revue ait des adversaires en même temps que des amis. STUR n'est pas fait pour tout le monde. Nous ne demandons rien à ceux qui ne sentent pas, qui ne comprennent pas, sinon de ne pas nous faire l'excessif honneur de nous considérer comme le fait le plus important de l'année !

    Dieu merci, le sort de la Bretagne ne se jouera pas autour d'une table de café ou sous les ombrages d'un camping anodin. Il se jouera sur un terrain où les moitiés d'hommes et les petites filles imaginatives rempliront par la force des choses un rôle effacé, quelle que soit leur bonne volonté !

Il serait pourtant bien facile de se mettre d'accord sur le principal. On VEUT ou on ne veut pas que l'action bretonne réussisse ; si on le VEUT, on doit faire le NECESSAIRE, sans ce soucier autrement de ce qui distrait, rapporte ou amuse. Les militants bretons qui font de l'action bretonne quand ça leur plait, si ça leur plait et avec qui leur plait, ne sont pas des convaincus, mais des esthètes. Le nationalisme breton, en ce qui les concerne, a tout à redouter de la concurrence du ping-pong ou de la philatélie.

    Quand on VEUT, on fait les sacrifices nécessaires de temps, d'ambition, d'orgueil, de liberté et d'argent. On se prive du plaisir de colporter des calomnies et de celui de plastronner, parce que ces manies usent et divisent un mouvement ; on a en vue, non pas son succès personnel, mais celui de l'œuvre : ON SERT, et avec effacement s'il le faut.

    Ici, nous voudrions que chaque ami de notre revue se réfère systématiquement à cette seule préoccupation : CE QUE JE VAIS DIRE OU FAIRE EST-IL UTILE AU MOUVEMENT ?

    Tant que notre rassemblement n'agira pas sous le signe de ce commandement exclusif, aucun sentiment, même le plus fort, aucune doctrine érudite ne sauvera la Bretagne.

    La Bretagne ne sera sauvée et grandie que par des hommes qui commenceront par être maîtres d'eux-mêmes.

La Direction.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Editoriaux
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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 11:04

38rvoltedublin.jpg

RÉVOLTE A DUBLIN

(THE   PLOUGH   AND   THE   STARS)

Nous sommes allés, palpitants, voir ce film, dont le sous-titre « Révolte à Dublin » nous promettait des émotions de-choix. Le nom du réalisateur, John Ford, auquel nous sommes, redevables de l'admirable « Le Mouchard », sans parler de « Toute la ville en parle » et de « La patrouille perdue », était une sérieuse garantie.

Nous avons été déçus. Techniquement, la composition manque d'unité et d'élan. Les scènes, toutes fortement conçues et enlevées avec brio, tiennent mal les unes aux autres. Mais il y a bien, d'autres fautes dont les critiques toujours pleins de malice n'ont pas vu la cause.

L'un d'eux s'étonne que ce film irlandais n'ait pas la puissance d'enthousiasme des films soviétiques. Comment pourrait-il en être autrement ? Les films irlandais, tournés en anglais par des firmes américaines, sont destinés à un public de langue anglaise, dont une bonne moitié est nettement hostile à l'émancipation de l'Irlande et s'obstine à considérer les rebelles de 1916 comme des traîtres. Dans ces conditions, Ford n'était pas maître de donner à son film le caractère patriotique irlandais affirmé qui lui aurait décerné la signification et la suggestion qu'il n'a pas. Ford est resté dans le vague, et c'est à peine si nous savons pourquoi se battent les Sinn-feiners. Dans les films russes au contraire, la propagande révolutionnaire la plus suggestive s'étale impunément ; on voit les malheureux souffrir, les riches abuser. Le spectateur est prêt à se révolter lui-même au moment où la révolte éclate sur l'écran. On pouvait employer les mêmes procédés pour l'Irlande, mais le public anglais ne l'aurait pas plus admis que le public français n'admettrait un film véridique sur l'Alsace ou la Bretagne, par exemple, ou sur les soulèvements d'une quelconque des colonies de la métropole.

Une autre faute de ce film a été de prendre comme vedettes des acteurs qui n'ont rien d'Irlandais. Je regrette que seuls les personnages secondaires, comme Fluther, Brennan ou Mrs Coganr de l'Abbey Théâtre de Dublin, aient des types celtiques, qui ne sont, soit dit en passant, qu'une variante de nos types bretons. Le couple Clitheroe pourrait être aussi bien anglais qu'irlandais et c'est assez gênant. Barbara Stanwyck, l'épouse, donne à tout moment l'impression d'être une étrangère en Irlande, hostile à l'Irlande, et c'est insupportable. Enfin, faute capitale, tout le sujet du film tourne non pas autour du principe de la rébellion, qui semble avoir été camouflé, mais, comme il fallait tout de même un sujet, autour du problème sentimental des Clitheroe : drame cornélien à la manque, de l'homme qui veut partir à la guerre et de la femme qui refuse d'immoler son bonheur à une patrie dont elle se contre-fiche. Les Russes n'auraient jamais commis cette faute. Ils n'auraient pas pris non plus comme personnage central une femme vitupérant contre les soviets et la révolution d'un bout à l'autre du film. Ils mettent tous les atouts dans leur jeu. Le centre de leurs compositions c'est ou la révolution, ou la construction socialiste; les personnages ne servent qu'à mettre ces idées en mouvement, et à aucun moment les petites histoires d'un individu quelconque ne viennent briser la ligne.

En somme, de notre point de vue, film raté. Mais du beau cinéma. Nous ne retenons pas grand chose des scènes de la révolte présentée dans un style démonstratif et romantique sans intérêt pour nous. Quant aux scènes de guerre, elles ne nous apportent rien de nouveau, pas même les poursuites sur les toits.

Malgré cela, le film est à encourager en Bretagne pour les prolongements qu'il a immanquablement dans les imaginations. Le titre est beau : « La charrue et les étoiles », emblème plus près de nos cœurs que la faucille et le marteau. Ça c'est de chez nous.

E. G.

 

 

STUR n° 10 Juillet 1937

Par Cian - Publié dans : Critiques
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 11:00

11bis---Realites-nerlandaises.jpgLe titre de cet article nous a été inspiré par certaines considérations émises au cours d'un entretien que nous eûmes avec le directeur de «Stur».

En adoptant ce titre, nous tenons à déclarer que pour tous ceux qui s'opposent àl'emprise de la mécanisation qui nous guette de toute part (et principalement sur le plan politique), que pour tous ceux qui, sur les ruines de la tyrannie de la mécanisation, veulent construire l'ordre de la vie, le point de départ réside en ces réalités naturelles, qui, tout en étant niées par le rationalisme libéral, se voient restaurées petit à petit.

Les valeurs qui pour eux peuvent entrer en ligne de compte et qu'ils jettent dans la balance sont des valeurs de l'essence.

La grande réalité que nous présentons ici est l'existence du peuple néerlandais, mais que l'on nous entende : un peuple est pour nous une communauté humaine dont l'essence réside en un complexe de qualités de l'âme, de vertus dominantes qui composent le caractère éthique du peuple, et que la communauté populaire s'applique à conserver et à conduire au suprême perfectionnement de lui-même, ce qui est son véritable but.

Le fondement — physique et psychique — de ce caractère nous est donné dans la nature propre (eigen aard) du peuple. C'est ici que la descendance et la constitution racique jouent un rôle important. Quant àla culture, en elle la personnalité totale du peuple, et principalement ce qui y participe de l'esprit, trouve son expression.

Tout en soulignant que l'essence d'un peuple est d'ordre éthique, il est juste, vu les facteurs principaux qui en constituent la base naturelle, vu la structure même du peuple, dont la famille est le noyau, de désigner la communauté populaire comme un tout organique. Nous appelons un peuple une réalité naturelle par antithèse avec ce qui est construit d'une façon mécanique, forcée, calculée. (Une telle façon est par exemple le jeu diplomatique ou l'art des « faiseurs de nations » de l'Europe des derniers traités de paix !)

Le territoire du peuple néerlandais (thiois) s'étend de Dunkerque à Maëstricht et de Bruxelles à Delfzyl. (Le domaine qui appartient à la langue néerlandaise — et nous considérons cette langue non pas comme la caractéristique essentielle de notre réalité en tant que peuple, mais comme une des principales — se limite au sud par une frontière linguistique qui n'a que fort peu varié au cours des siècles) (2).

A l'intérieur de ce territoire que nous venons de situer fort sommairement, l'on fait généralement la distinction entre un « peuple hollandais » et un « peuple flamand ».

Cette distinction qui repose pour certains sur des raisons politiques et pour d'autres sur des bases affectives ne possède aucune réalité du point de vue de l'essence. Les concepts « Flandre » et « Hollande » ne sont dans la vie courante que des commodités de langage pour désigner certaines parties d'un tout.

Ceux qui entendent par « Flandre » cette partie de la réalité néerlandaise qui se trouve à l'intérieur des frontières de l'état belge, réunissent sous ce vocable des Flamands, des Brabançons et des Limbourgeois, tout en en excluant les Flamands de la Flandre dite française et de « Zeeuwsch Vlaanderen ».

Dans cette autre partie que l'on appelle « Hollande », nous retrouvons des Hollandais (dans le sens strict du mot), des Brabançons, des Limbourgeois, des Groningois, etc...

Pour nous la vérité — la réalité — est la suivante : la Flandre, le Brabant, le Limbourg, la Hollande, la Groningue, etc., ne sont que les parties organiques de ce tout qui est la Néerlande.

Un peuple est quelque chose de vivant, et en tout ce qui vit, il y a de l'unité dans la diversité. Nous ne devons pas considérer l'unité du caractère national comme quelque chose d'uniforme, mais comme une unité pleine de variantes.

Brabançons, Flamands, Hollandais, Limbourgeois, etc., forment chacun, à l'intérieur de la communauté néerlandaise, un groupe particulier. Ce sont des petites unités de caractère dans la grande unité du caractère néerlandais ou thiois.

Ce qui importe seul, c'est l'harmonisation de ces particularités, de tout ce qui a sa couleur propre, son accent à lui, dans le grand ensemble.

La définition philosophique du concept « peuple » n'est que de date fort récente chez nous. La conscience de l'unité néerlandaise est née bien avant que l'on n'ait reconnu en quoi réside l'essence d'un peuple, la différence entre ce qui est national dans le sens primaire, et national dans le sens secondaire. Ce qui est certain c'est que le sentiment de la communauté du sang a toujours nourri cette conscience. Dans les temps modernes, sous l'influence du romantisme, l'on a commencé par mettre la communauté de langue à l'avant-plan des éléments qui caractérisent un peuple, et avec la langue une culture commune.

Parmi ceux qui, pour quelque raison que se soit, refusent d'accepter les conséquences politiques de l'unité du peuple néerlandais, il n'y en a guère, qui ne soient prêts à maintenir et à développer les « liens » culturels entre les parties de cette unité. En ce qui concerne le présent, la conscience de l'essence du peuple s'accompagne d'un approfondissement de ce que nous avons caractérisé comme étant le fondement naturel de cette essence.

La descendance et la composition racique du peuple néerlandais se trouvent chez les jeunes au premier plan de leurs préoccupations. Si nous nous arrêtons ici quelque peu sur ces points, nous ne le ferons cependant que d'une façon fort sommaire, car cette étude ne peut être considérée que comme une première approximation.

En ce qui concerne la thèse selon laquelle les Francs, les Frisons et les Saxons seraient les ancêtres du peuple néerlandais, le Dr G. Schamelhout nous a montré, au cours d'un de ses plus récents ouvrages, qu'elle était parfaitement fondée, aussi bien au point de vue linguistique, qu'historique.

Avant la retraite des Romains, avant l'invasion de nos contrées (les Pays-Bas près de la mer, comme on les appelle depuis le moyen-âge) par les peuplades germaniques, qui se fit au cours des IVe et Ve siècles, les derniers survivants des tribus préhistoriques avaient été soumis par des Celtes et des Belges, c'est-à-dire par des hommes qui, selon le témoignage des auteurs classiques, avaient de fortes ressemblances avec les Germains et qui leur étaient certainement apparentés.

Le sang romain ne s'est que fort peu répandu dans nos contrées. En ce qui concerne la Néerlande du sud, la romanisation y fut beaucoup moins poussée qu'en Wallonie. Que le peuple néerlandais est de par sa descendance un peuple germanique, voilà un fait définitivement acquis.

Les contrées originairement franques, saxonnes ou frisonnes peuvent être encore aujourd'hui parfaitement reconnues tant au point de vue philologique que caractérologique. L'origine frisonne se retrouve facilement dans le Noord Holland ainsi que le long des côtes, jusqu'en West-Flandre. Dans le nord, les provinces de Groningue et de Drente, ainsi que la Gueldre sont particulièrement saxonnes, tandis que dans la Flandre française de nombreuses indications toponymiques y témoignent également de la présence des Saxons. Les dialectes néerlandais parlés dans le Zuid-Holland, la Flandre Orientale, le Limbourg et le Brabant sont d'origine franque, et particulièrement franque d'Ouest.

Tout en tenant compte d'une certaine fusion, l'on peut dire que depuis le XIIe siècle les Frisons, les Saxons et les Francs se sont confinés dans les mêmes contrées. Tant en ce qui concerne la formation de la langue néerlandaise que la personnalité totale du peuple néerlandais, l'influence des Francs a été prépondérante.

Du point de vue de la race, le peuple néerlandais est un composé des races nordique, alpine et (dans une moindre mesure) méditerranéenne. L'élément nordique y est cependant dominant et déterminant, et il le restera si le peuple néerlandais parvient à se préserver à temps du « métissage » qui peut s'accomplir par les voies les plus diverses (les juives et les autres). Un mouvement national, qui comprend où le bât peut blesser, agira en ce domaine avec autant de sagesse que de vigueur.

*

**

Il est évident que la première tâche d'une politique nationale néerlandaise, qui soit vraiment et pleinement digne de ce nom, sera la suivante : la réunion et la consolidation de la communauté néerlandaise, actuellement déchirée sur trois territoires, en un état qui sera l'expression et le couronnement de l'essence populaire, la forme suprême de la volonté commune de vivre, de préserver et de parfaire le trésor des vertus néerlandaises. Dans le cours de l'histoire toutes les contrées thioises, néerlandaises, ont été réunies en un état : la première fois sous le règne de la Maison de Bourgogne, une deuxième fois lors de la création du royaume des Pays-Bas de 1815 à 1830, mais aucune des deux ne s'est accomplie par la force, par la volonté créatrice même du peuple néerlandais.

Le complexe bourguignon est né de l'impulsion conquérante des Ducs bourguignons qui, pour le peuple néerlandais, n'étaient que des seigneurs « étrangers ». Le royaume des Pays-Bas de 1815 à 1830 est né sur l'échiquier international de par la volonté des puissances européennes, notamment la Prusse et l'Angleterre. L'état bourguignon aussi bien que le Royaume des Pays-Bas de 1815-18130 englobaient dans leur territoire des éléments allogènes, des populations étrangères au peuple néerlandais, thiois. Ces populations n'en différaient pas seulement par la langue, mais encore par leur caractère, par leur nature même. Les péripéties de la lutte contre la domination espagnole, au XVIe siècle, ainsi que la révolution « belge » de 1830, qui fut principalement l'œuvre des Wallons et des Français, ont prouvé à suffisance que des populations étrangères l'une à l'autre de par leur essence, de par leur nature physique et psychique ne peuvent être unies valablement en un seul état. Il leur est impossible de vivre d'une manière durable sous le signe de l'union et de la concorde.

Si lors de la lutte contre la domination espagnole, une république néerlandaise a pu se constituer dans le nord, tandis que des fragments de la Flandre, du Brabant et du Limbourg restèrent dans le Sud sous le joug espagnol, pour passer par la suite entre les mains de l'Autriche et de la France, il en est résulté nécessairement un certain éloignement entre le Nord thiois et le Sud thiois.

Il serait absurde de vouloir nier cet éloignement qui est la résultante logique d'une évolution différente de chacune de ces « parties ». Mais il n'est pas moins absurde de vouloir conclure de cette différence accidentelle, due aux hasards de l'histoire, à une différence essentielle, entre ce que l'on s'est mis à appeler le « peuple hollandais » et le « peuple flamand ». En ce qui concerne l'évolution religieuse, le fait que le Nord soit devenu en grande partie de confession protestante au cours du XVIe siècle, tandis que le Sud est demeuré catholique, est pour certains une preuve irréfutable qu'il aurait été dans la nature du Thiois du Sud de rester fidèle à l'église romaine. Ce que l'on oublie alors, c'est que le protestantisme néerlandais est principalement né dans le Sud, chez les Flamands et les Brabançons, et que ce n'est que la force des armes qui a rattaché d'importantes contrées du Nord au protestantisme, tandis que le Sud de par la volonté de ce même argument a été ramené dans les voies du catholicisme. Mais ce que l'on oublie encore plus volontiers, c'est que ce qu'il y a d'essentiellement national dans un peuple, ce qui constitue son essence même, n'est spécifiquement ni catholique, ni protestant, ni payen.

Si nous remontons au Moyen-âge, nous voyons que c'est dans le Sud des Pays-Bas que se trouve le centre de gravité spirituel et économique du pays, c'est là que l'art et la littérature néerlandaise prennent naissance (et c'est là que Bruges, la ville hanséatique, concentrera le commerce de tout le monde occidental) ; il se déplace ensuite de la West-Flandre vers le Brabant et — après la séparation de nos provinces au XVIe siècle — c'est enfin la République du Nord qui reprend le flambeau. C'est maintenant la Hollande qui donne le ton ; les « régents » avec leur besoin d'expansion coloniale y entrent en conflit avec la Maison régnante d'Orange, qui voudrait reconquérir les provinces thioises restées sous le joug de l'Espagne. Le XVIIe siècle devient le « siècle d'or » du Nord, mais notons en passant •que de nombreux émigrés flamands et brabançons ont largement contribué par leur intelligence et leur incessante activité, tant dans le domaine de l'esprit que du commerce, à réaliser cette ère de prospérité.

Ruiné, exsangue, épuisé culturellement par l'émigration de son intelligentsia, le Sud continue à vivre une existence précaire, quoique son génie créateur ait eu un dernier sursaut d'énergie en Rubens.

Et depuis la tentative avortée d'annexion à la France, lors de la fameuse révolution de 1830, ceux qui détiennent le pouvoir en « Belgique » (Wallons et Fransquillons) ont beau jeu dans leur francisation systématique, dans leur mépris de l'élément néerlandais du nouvel état. Tandis qu'en « Flandre » la majorité de la population, épuisée et hébétée aux limites du possible, se laisse faire, quelques hommes conscients de leur dignité nationale se sont opposés avec courage au fransquillonisme. C'est cette réaction que l'on a appelé le « mouvement flamand ».

La conscience de l'unité du peuple néerlandais est profonde chez quelques chefs de la trempe d'un Willems ou d'un Snellaert. Elle donne une orientation précise à leurs aspirations nationales. Mais il faut reconnaître que le mouvement flamand, dans lequel le romantisme linguistique prend le dessus, se perdra bien vite en un dilettantisme « belge ». Sur le plan politique il se résume à une simple lutte parlementaire en faveur du « droit des Flamands » à l'aide de « lois linguistiques » qui, une fois votées après des palabres sans fin, ne sont faites que pour être violées ou ne jamais être appliquées dans la pratique... Mais point n'est ici le moment de s'approfondir sur cette tragi-comédie ! Ajoutons que la conscience de l'unité néerlandaise ainsi que le désir de voir son accomplissement sur le plan politique d'un état unique ont été principalement le fait d'êtres considérés comme des espèces de dégénérés par les politiciens cent pour cent : les poètes.

Dans le nord, ce sont les figures les plus représentatives de la vie de l'esprit qui saisissent les conséquences « grand-néerlandaises » de l'évolution « flamande ». Nous ne nommerons que Thym, Busken Huet et Multatuli. En pratique, l'idéal « grand-néerlandais » ne parviendra à se faire jour que sur le plan culturel, au cours de congrès linguistiques et littéraires. Politiquement parlant, la« Flandre » seule est impuissante ; quant au gouvernement de la Haye, il a peur... Les intérêts commerciaux aux Indes Néerlandaises sont plus chers aux dirigeants libéraux du Nord que le sort des membres opprimés du peuple néerlandais.

L'« activisme flamand » qui s'est manifesté pendant la guerre n'a été que partiellement révolutionnaire ; dans ses larges couches, il est resté loyal à l'égard du gouvernement du Havre. Ce qui n'empêche que la Belgique victorieuse, s'est montrée impitoyable envers les « activistes » (3). C'est par centaines qu'ils ont été jetés en prison, par dizaines qu'ils ont été condamnés à mort, et si l'on additionne toutes ces années de prison cellulaire on arrive à des chiffres incroyables ! La partie néerlandaise de la Belgique n'était plus que ruines, 80 % des soldats « belges » morts au champ d'honneur étaient des flamands, c'est-à-dire des néerlandais!

Le « Nationalisme flamand » d'après-guerre a conservé de l'activisme et de 1'« opposition flamande » du front la devise d'une « Flandre indépendante », ainsi qu'un peu de leur dynamisme. Oscillant entre le séparatisme et le compromisme, morcelé en dizaines de formations concurrentes, sans cohérence interne, ce mouvement n'est parvenu ni à se constituer un programme net conçu intelligemment, ni à réunir les groupes épars en une formation unique et forte. Au moment même où il déballa son « statut fédéral » de l'état belge, qui se résumait à une simple réforme du système parlementaire belge, la tendance « grand-néerlandais » des jeunes couches du Sud et du Nord (des éléments radicaux, c'est-à-dire de ceux qui voulaient attaquer la question à sa racine triomphalement.) « Grand-néerlandaise », ou plutôt néerlandaise, dans le sens plein du mot, était l'organisation qui s'appelait « De Jongnederlandsche Gemeenschap », mais son activité ne dépassa guère celui des noyaux de base.

Il appartiendrait au mouvement Dinaso (1932), de concevoir politiquement et dans toute son ampleur l'unification de toutes les régions thioises, sur les bases de la communauté populaire. Tandis que dans le Nord, les membres de quantité de petits mouvements dits de « renouveau national » se désintéressaient de la « Flandre » pour se contenter d'être des fascistes à la manière italienne, ou des nationaux socialistes à la manière allemande, le mouvement Dinaso trouva la formule qui conciliait à la fois les préoccupations sociales et nationales, en les résumant dans le programme du « Nationalsolidarisme Thiois ». Ainsi naquit la première formation politique qui englobait tout le peuple néerlandais. C'était en même temps le premier mouvement nationaliste possédant des directives sociales cohérentes, découlant d'une conception organique de la communauté. Le départ était magnifique, mais cela changea bien vite ! Peu avant le troisième Congrès annuel, le chef annonçait une « nouvelle orientation » qui devait conduire le mouvement dans les marécages du libéralisme étatique. Les théories maurassiennes absorbées jadis par le chef et que l'on croyait dépassées et oubliées depuis longtemps, commencèrent leur travail néfaste. L'état thiois que le mouvement déclare dès lors vouloir construire n'est plus qu'une reconstitution de l'état bourguignon, ou plus justement la formation d'une grande Belgique qui engloberait la Belgique actuelle, le Royaume des Pays-Bas et le Grand-duché de Luxembourg. A l'occasion de cette orientation nouvelle, les Wallons (que les néerlandais « flamands » ont toujours considérés à juste titre comme des « barbaroi » à l'égard du peuple néerlandais, et contre lequel ceux-ci n'ont jamais agi que comme des éléments de décomposition) sont brusquement placés sur un pied d'égalité avec les Frisons.

Cette « nieuwe marschrichting » est défendue dès lors à grand renfort de verbiage sur l'hégémonie thioise dans le nouvel état ; elle se réfère aux « grandes puissances européennes » (en réalité il ne s'agit que de l'étatisme libéral que ces puissances représentent), ainsi qu'aux arguments d'un matérialisme aussi vulgaire qu'impuissant. Mais dès lors ce sont aussi des dithyrambes sans nom en l'honneur du chef élu, à côté desquelles la plus stupide rhétorique « latine » à l'éloge d'un chef n'est qu'une chose bien fade... Pour les jeunes forces encore foncièrement saines qui se sont laissées prendre au piège, la situation est vraiment tragique ! Si la Belgique laisse le mouvement Dinaso en paix, si des « belgicistes » avérés coquettent avec lui, si des fransquillons, qui ne seront jamais que des fransquillons, le soutiennent, nous ne pouvons y voir qu'une condamnation.

Maintenant, si l'on nous demande où se trouve actuellement la vraie pensée néerlandaise, orientée vers la construction d'un état thiois, dans sa forme pure et saine, basée sur la réalité du peuple néerlandais, comme donnée naturelle et organique ; où elle se trouve, sans sous-entendus, non pas comme devise (que l'on déroule ou camoufle selon les circonstances), mais comme acte de foi véritable que l'on vit pleinement et auquel on se donne tout entier, nous répondrons qu'elle ne se trouve pas plus dans les « grands mouvements » en marge du Dinaso, dans le N.S.B. (Parti National Socialiste) au Nord, le V.N.V. (Union Nationaliste Flamande) au Sud, que dans le Dinaso lui-même. Au sein du N.S.B., chaque mot, chaque parole au sujet de « l'unité thioise » n'est qu'un slogan officieux. Quant au V.N V., en dépit de toutes ses déclarations « thioises », il est parvenu à conclure un accord avec ce mouvement spécifiquement belge qu'est le Rexisme du français Degrelle. Tous ces mouvements, qu'ils s'appellent thiois, néerlandais ou flamands, ont ceci de commun, c'est qu'ils préfèrent les compromissions d'une tactique facile à l'action, qui conserve un principe aussi juste qu'inébranlable depuis le départ jusqu'à la fin. Actuellement l'idéal néerlandais, thiois, se trouve entre les mains de la jeunesse, d'une jeunesse qui ne se laisse ni tromper, ni acheter. Elle est déjà en marche par-ci, par-là, en des formations serrées, sinon grandes par le nombre. Elle ne méprise guère ce qu'il reste de bon et de sincère des mouvements « flamands » ou « néerlandais » de jadis, et c'est avec cet acquis positif qu'elle part à l'assaut de l'avenir. Cette jeunesse est réaliste, mais dans un autre sens que les-épiciers qui ne comprennent que ce qui se trouve pratiquement à la portée de leur main. L'idéal thiois n'est pas un mirage pour cette jeunesse, mais la vision d'un bien qu'il lui faut conquérir en luttant et en travaillant durement, et pour lequel, le cas échéant, elle saura également souffrir et mourir.

C'est avec une rare lucidité qu'elle envisage les difficultés, les petits et les grands obstacles qui se trouvent au travers de son idéal. Elle ne les nie guère, elle ne les escamote point, mais elle « agit » avec cette foi qui déplace les montagnes, avec cette exaltation qu'elle puise aux sources même des valeurs de l'essence. L'enthousiasme né de ces valeurs, doit assurer le triomphe de l'ordre de la vie sur ce que j'ai appelé au début de cet article : la tyrannie de la mécanisation. C'est pour son propre peuple, en se rappelant le proverbe : « charity begins at home » qu'elle veut accomplir cette mission, et cela non pas en fonction des autres nations, ni dans une indifférence complète pour le sort et l'avenir des autres peuples, pour le sort et l'avenir de tout un « continent ». Le « Dietschland » qui fait l'objet de ses préoccupations, elle le voit comme un donjon de l'âme, comme un jalon de l'esprit, une clef de voûte du droit et de la paix, dans une Europe délivrée du chaos étatiste et enfin rebâtie sur la base des communautés populaires.

WIES MOENS.

 

(1) AVIS AUX LECTEURS ! — « Thiois » est synonyme de « Néerlandais ». Le premier vocable, qui est le plus ancien (on parlait de langue thioise bien avant de parler de langue néerlandaise), a été remis en vogue par le mouvement politique de ces dernières années. Quant à l'emploi qui est fait ici des mots « national », « nationalisme » et « nationaliste », il est à noter que leur signification se rapporte toujours aux choses du peuple, de la communauté populaire. L'histoire du peuple néerlandais (non d'une partie mais du tout) a été décrite par le D P. Geyl dans son ouvrage « Geschedenis van den Nederlandschen Stam ». (Ed. Wereldbibliotheeh à Amsterdam). Une étude sur la structure ethnique de 1a « partie flamande » du peuple thiois a paru récemment aux éditions « Die Poorte » (Oude God), sous le titre « Herkomst en ethnische Samenstelling van net Vlaamsche volk ».

(2) Le territoire de langue française, qui s'étend entre la limite linguistique du flamand et une ligne idéale joignant Lille à Boulogne, a été jusqu'au XVIe siècle de langue néerlandaise et a conservé une physionomie thioise incontestable. Certains auteurs le comprennent dans le tracé d'une grande Néerlande. — N.D.L.R.

(3) Notre collaborateur M. Wies Moens a lui-même été enfermé pendant deux ans. — N. D. L. R.

 

 

STUR n° 10 Juillet 1937

Par Cian - Publié dans : Notre monde
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