Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 09:09

04 - Oswald Spengler

…On retrouvera sa pensée politique, plus nette encore, sinon plus durement exprimée, dans un dernier ouvrage, paru en juillet 1933, les « Années décisives » (Jahre der Entscheidung). Nouveau livre « occasionnel », nouveau succès de librairie, qui dépasse aujourd'hui le 170e mille. Pour Spengler, l'Allemagne est « en danger » (in Gefahr), elle n'a pas cessé de l'être, même après l'avènement du gou­vernement national-socialiste, cependant désiré par lui de toutes ses forces. Et tout le livre — qui attend un deuxième tome — est bâti en forme de conseils d'un « Ancien » à ses jeunes héritiers, de l'inexpérience desquels il se méfie. Spengler craint de n'avoir pas été compris dans le fond de sa pensée d'historien, de ne l'avoir été que superficielle­ment, et il le dit à plusieurs reprises : «Voilà ce que j'ai dit et ce que j'ai écrit, non pour l'instant présent, mais pour l'avenir. Je vois plus nettement que d'autres, parce que je pense de façon indépendante, libre des partis, des tendances et des intérêts...» (Préface des Ecrits politiques.) Toute la préface de l'édition française sera à lire, pour bien comprendre la rigueur de son sens politique, nourri des enseignements des anciennes classes dirigeantes . Livre passionnant, non moins par la violence calculée de la forme que par la vue pénétrante, prophétique, et « sans rémission » de l'évolution des vingt ou cinquante années à venir . On ne peut songer dans cet article à donner même un aperçu de l'ouvrage. Les jugements émis sur la France sont particulièrement impitoyables et caricaturaux, sur les hommes politiques allemands aussi. Qu'il nous soit permis de noter ici que Spengler se fonde sur les postulats dégagés au cours de ses précédents essais : distinction de deux types psychologiques de l'homme du Nord, l'un tourné vers le commerce, de sens pratique, d'esprit démo­crate, « anglais » de préférence et qui a dominé jusqu'ici, l'autre que l'on peut appeler « continental », « prussien », qui est plus rustique, d'âme essentiellement militaire, ex­primant un idéal politique plus noble et plus héroïque. Autre postulat : la Russie ne doit pas être considérée comme faisant partie de l'Europe, elle est même probable­ment l'amorce d'une nouvelle grande civilisation à venir, non européenne celle-ci, qui s'étendra sur les plaines du nord de l'Eurasie; malgré les apparences ultra-moder­nes, rien de ce qui s'y élabore ne doit être jugé avec nos habitudes d'esprit occidental; songez plutôt à Dostoïevski . La crise économique enfin : l'étude des causes de la catastrophe de l'économie libérale comme aussi de la révo­lution prolétarienne, forme le corps principal de l'ouvrage et elle est menée sans le désir de plaire spécialement aux idées reçues sur « le rôle de l'ouvrier dans la société mo­derne ! »

Nous retiendrons pour nous les conclusions. « L'Alle­magne est le foyer du monde, non seulement à cause de sa situation géographique..., mais encore parce que les Allemands sont assez jeunes pour se sentir profondément touchés par les problèmes du devenir mondial, pour les formuler et les trancher; tandis que les autres peuples sont devenus trop vieux et trop raides pour leur opposer autre chose qu'une vague résistance... » Mais comment cette na­tion, en perpétuel chaos, sera-t-elle à même de « devenir l'éducatrice du monde blanc » ? Sans doute une réaction s'est-elle dessinée déjà pour surmonter la révolution gran­dissante, elle a nom le fascisme.

.../...

Ne nous bornons point là. Laissant les écrits politiques de Spengler, il nous faut reprendre l'élaboration de son travail philosophique à partir de l'ouvrage initial. Les cri­tiques n'avaient pas manqué, d'ailleurs, surtout de la part des historiens, et ce n'est pas dans l'unanimité que fut reçue l'hypothèse du « déclin de l'Occident » faute sur­tout d'avoir été exactement saisie, voire surtout ressentie par des hommes d'une formation purement académique. D'autre part Spengler, développant sa découverte, fut amené à concevoir le plan d'une grande «Histoire de l'Homme depuis ses origines », qui fut en réalité une gigantesque histoire de l'âme humaine, du développement psychologi­que à partir de l'animalité, en même temps qu'une réplique aux vues plus ou moins matérialistes de ses détracteurs. C'est de cette œuvre en chantier que plusieurs fragments ont été détachés par l'auteur, dans la fièvre d'événements de ces dernières années.

D'abord, un opuscule intitulé : L'Homme et la techni­que, contribution à une philosophie de la vie , et paru en 1931 . C'est le plan même de l'ouvrage ; l'histoire de l'espèce n'y est plus considérée des hauteurs un peu dé­daigneuses de l'éducation humaniste comme histoire du développement intellectuel et moral..., elle serait plutôt dégagée à même les processus inférieurs de la vie, plante, animal... : quelle est la signification profonde de la tech­nique — outil primitif aussi bien que machine moderne — entre les mains de l'espèce Homme ? Question jamais en­visagée sous cet angle ni surtout dans ses conséquences dernières, quoique la philosophie bergsonienne l'ait déjà soulevée et traitée en plusieurs de ses aspects, par exem­ple le problème de l'outil . L'ensemble du livre est bâti sur ce thème. La qualité du style, la précision des formu­les y rachètent ce qu'il y a d'excessivement bref dans l'ex­posé. Pour résumer, — et quelque peu simplifier — disons que l'ensemble de l'histoire humaine, surtout de l'homme civilisé, forme un grand cycle : sur un fond de primates encore carnassiers, les premiers chasseurs du Néanderthal, l'homme apparaît brusquement au Néolithique, capable d'entreprises et de constructions, et ceci par le fait d'une véritable découverte. C'est l'invention du langage, cette liaison auditive dont la nature n'a jamais été élucidée puisqu'elle est inséparable du fait de la vie en société..., de là le sens religieux qui reste lié à son acquisition, à sa diffusion, le problème de ses origines... C'est le temps des débuts de la monarchie thinite (Egypte) et de Sumer (Chaldée), vers 4.000 avant Jésus-Christ. Depuis, le ryth­me de la grande histoire se précipite : après une sorte de ouléma, période harmonieuse de la civilisation « raison­nable » (Antiquité gréco-romaine) et des grandes religions « spiritualistes » (bouddhisme, christianisme), voici surgir une nouvelle culture, combien plus gigantesque mais fra­gile également ! Dépassant la sagesse des rationalistes, c'est une nouvelle espèce d'hommes que l'on voit, dès les cloîtres du Haut Moyen-Age, s'attaquer à l'exploration du monde de la nature dans le but dernier de se l'assujettir..., ces hommes peuvent être dits des « pirates de l'esprit » (Wikinger des Geistes) ! « Penser non pas dans l'intention d'obtenir une simple théorie, une image de ce que l'on ne connaît pas... mais rendre les secrets du monde extérieur soumis à des buts définis... » Non plus le simple pillage de la matière anorganique, mais son jugulement intime, dans ses forces, afin de s'en servir. Comme critérium uni­que : l'expérience. « Déjà, Roger Racon et Albert le Grand ont médité sur les machines à vapeur et les aéronefs. Et beaucoup s'ingéniaient dans leurs cellules de moines au­tour de l'idée du mouvement perpétuel... » .

Spengler affirme que nous vivons actuellement la fin de cette culture. Il aperçoit une série de faits alarmants; l'homme d'Occident est dépassé par son invention propre, la mécanique. Il ne la contrôle plus. Il y a des symptômes très nets d'une mécanisation excessive de l'existence en même temps qu'une fêlure fondamentale dans le gigantes­que édifice de la civilisation industrielle. Même la lassitude est venue de la machine, chez ceux qui seraient, par contre, supérieurement doués. L'espèce sera-t-elle assez puis­sante pour se créer, ailleurs, une autre forme de vie, une dernière culture ? Stur répond oui, Spengler n'ose en être sûr. De toute façon, nous, Occidentaux, devons vivre notre destin tel qu'il est — il est lâche de chercher à ne pas voir, et cela reste d'ailleurs entièrement sans effet — nous devons le vivre, héroïquement.

Et ce n'est point tout. Il n'y a pas lieu de rester sur ces visions d'Apocalypse. Nous sommes en 1934. Dans l'Alle­magne, désormais redressée, le philosophe s'est remis à ses travaux historiques. Nous indiquerons ici un long article d'érudition intitulé « Tartessos et Alaschia », traitant de l'histoire du deuxième millénaire avant notre ère, princi­palement de la Crète de Minos . Il est l'aboutissement d'un essai projeté sur les «Pré-cultures», sur la phase d'origine des grandes civilisations... Comme Prêtons, il nous intéresse particulièrement parce qu'il nous apprend des recherches de Spengler sur la préhistoire de l'Europe. Fidèle à sa méthode d'histoire psychologique, l'auteur es­quisse deux attitudes de vie qu'il estime fondamentales chez les « Barbares hyperboréens » : d'une part, le senti­ment qu'il appelle « occidental », qui est celui des con­structeurs des Mégalithes et qui se caractérise par le culte des morts. Malgré leur âme pacifique, ces gens nous ont légué plusieurs inventions audacieuses, en particulier le navire de haute mer. D'un autre côté, le sentiment « nor­dique » ou « continental » : c'est celui des peuples noma­des des grandes plaines eurasiatiques, monteurs de chars. C'est une morale de guerriers, qui ne connaissent que la mort brutale sur le champ de bataille. Par contre, ils ont développé l'abstraction, qui s'exprime déjà dans l'ornementation toute spiralique et géométrique de leur matériel. Ce fond psychologique est très ancien, bien antérieur à toutes les connaissances proprement historiques sur les Celtes et sur les Germains.

Spengler gardait en notes un essai de « Métaphysique ». Cependant, le sentiment de son éloignement d'avec les jeu­nes générations le minait, comme aussi la somme d'efforts dépensée depuis des années. Il est mort solitairement, mé­connu par beaucoup, presque oublié par d'autres, à l'âge de cinquante-six ans... Fin attristante pour un homme de ce renom, mais très en rapport aussi avec la conduite d'une existence tout entière marquée d'un caractère tragique.

 

R. GLEMAREC.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Histoire
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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 08:02

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Il y a aujourd'hui plus d'un an, mourait à Munich l'un des hommes qui ont le plus fait, dans la crise profonde de la défaite allemande, pour maintenir intact le moral du pays et rendre possible un redressement : celui que nous voyons se développer sous nos yeux. Cet homme est en outre un cerveau de premier ordre, un de ces savants gigantesques, — comme il en apparaît quelques-uns au cours de l'histoire de l'Europe, depuis Roger Bacon jus­qu'à Vinci, Descartes, Newton... — sorte de Titan spiri­tuel, sur les découvertes duquel repose, avouée ou non, presque toute l'orientation de la pensée contemporaine.

Ce philosophe — puisque les travaux historiques d'Oswald SPENGLER sont en quelque sorte « enveloppés » dans une philosophie — a été cependant assez peu remar­qué en France, dans la période qui a suivi immédiatement la dernière guerre . En Allemagne, son Déclin de l'Occident (Untergang des Abendlandes) a connu un succès sans précédent pour un ouvrage aussi sévère, puisqu'il dépasse aujourd'hui le 15e mille — succès d'actualité, mais également succès de profondeur. Le livre venait « à son heure », au moment où la défaite semblait contredire les aspirations de la grande majorité des Alle­mands et les livrer au désespoir ; il leur démontrait, par l'alliance d'une immense érudition et d'une pensée rigou­reuse, l'inanité de la philosophie du progrès généralement admise et les voies qu'ils devaient adopter désormais, s'ils voulaient se relever. Aujourd'hui, les idées de Spengler ont disparu au second plan, dépassées qu'elles sont par la poussée plus apparente des sentiments de race, des mystiques de l'ordre, voire même de la pure apologie de la force. Elles n'en subsistent pas moins dans le domaine intellectuel — face à l'expansion véritablement angoissante du raisonnement matérialiste dans la masse des peuples blancs — comme l'expression profonde et authentique de tous les jeunes mouvements révolutionnaires, de ceux qui ne veulent pas subir la « mécanisation » envahissante, et qui ne la subiront pas.

Il serait temps qu'en Bretagne, cet ensemble de décou­vertes de l'ordre psychologique soit pris à sa juste valeur, que l'âme celtique soit mise désormais, et maintenue irré­médiablement, en face d'un système qui lui est si intime­ment apparenté, et qui, convenablement appliqué, peut faire jaillir son renouveau.

Oswald Spengler est né en 1880, dans la petite ville de Blankenburg-en-Harz. De confession luthérienne, comme un grand nombre de ces compatriotes, il fit des études littéraires et scientifiques très complètes aux grandes Uni­versités de Halle, Munich, Berlin, et il fut reçu docteur en philosophie en 1904 avec une thèse sur l'ancien penseur grec Héraclite d'Ephèse.

Il nous raconte lui-même, dans l'Introduction de son grand ouvrage (parag. XVI), comment il fut amené dans les années qui précèdent la guerre de 1914, à concevoir toute l'étendue de son système de l'histoire :

Les approches d'un grand conflit européen ne lui ont pas échappé, cette marche fatale des événements l'inquiète : « ...En 1911, étudiant certains événements politiques du « temps présent, et les conséquences qu'on en pouvait « tirer pour l'avenir, je m'étais proposé de rassembler « quelques éléments tirés d'un horizon plus large. » En historien, il tente de comprendre sans parti-pris, de s'expliquer les tendances actuelles à l'aide de son expé­rience des faits anciens : « ...Au cours de ce travail, d'abord restreint, la conviction s'était faite en moi que, pour comprendre réellement notre époque, il fallait une documentation beaucoup plus vaste... Je vis clairement qu'un problème politique ne pouvait pas se comprendre par la politique même et que des éléments essentiels, qui y jouent un rôle très profond, ne se manifestent souvent d'une manière concrète que dans le domaine de l'art, souvent même uniquement dans la forme des idées... Ainsi, le thème primitif prit des proportions considérables. »

L'histoire de l'Europe lui apparaît dès lors sous un jour tout nouveau : « ...Je compris qu'un fragment d'histoire ne pouvait être réellement éclairci avant que le mystère de l'histoire universelle en général ne fût lui-même tiré au clair...; Je vis le présent (la guerre mondiale imminente) sous un jour tout différent. Ce n'était plus une figure exceptionnelle, qui n'a lieu qu'une fois..., mais le type d'un tournant de l'histoire qui avait depuis des siècles sa place prédéterminée. »

Un système s'est fait en son esprit, qui ne lui laisse plus de doutes sur la marche générale de l'histoire — et point seulement celle de notre civilisation européenne : « ...Plus de doute... : l'identité d'abord bizarre, puis évidente, entre la perspective de la peinture à l'huile, l'imprimerie, le système de crédit, les armes à feu, la musique contrepointique et, d'autre part, la statue nue, la polis, la monnaie grecque d'argent, en tant qu'expressions diverses d'un seul et même principe psychique. » Chaque civilisation suit un cours qui lui est propre, avec une rigueur entière et véritablement impressionnante.

Du même coup, il a saisi le sens profond de l'inquiétude de l'homme moderne et il en ressent comme une assurance, délivré qu'il est de ses manifestations multiples et con­tradictoires : « ...Une foule de questions et de réponses très passionnées, paraissant aujourd'hui dans des milliers de livres et de brochures, mais éparpillées, isolées, ne dépassant pas l'horizon d'une spécialité, et qui par conséquent enthousiasment, oppressent, embrouillent, mais sans libérer, marquent cette grande crise... Citons la décadence de l'art, le doute croissant sur la valeur de la science ; les problèmes ardus nés de la victoire de la ville mondiale sur la campagne : dénatalité, exode rural, rang social du prolétariat en fluctuation ; la crise du matérialisme, du socialisme, du parlementarisme, l'attitude de l'individu envers l'Etat ; le problème de la propriété et celui du mariage, qui en dépend ; ...Chacun y avait deviné quelque chose, personne n'a prouvé, de son point de vue étroit, la solution unique générale qui planait dans l'air depuis Nietzsche... »

« ...La solution se présenta nettement à mes yeux, en traits gigantesques, avec une entière nécessité intérieure, reposant sur un principe unique qui restait à trouver, qui m'avait hanté et passionné depuis ma jeunesse et qui m'affligeait parce que j'en sentais l'existence sans pouvoir l'embrasser. C'est ainsi que naquit, d'une occasion quelque peu fortuite, ce livre... Le thème restreint est donc une analyse du déclin de la culture européenne d'Occident, répandue aujourd'hui sur toute la surface du globe. »

Tout l'essentiel de la théorie spenglérienne de l'histoire est exposé en trois tableaux synoptiques, au début du premier tome de son « Déclin de l'Occident »  : On y suit une comparaison systématique du développement, sur 1000 années environ, des deux civilisations gréco-romain (Antiquité) et européenne (Occident), du triple point de vue de la pensée abstraite, de l'art et des formes du gouvernement. Il en ressort la notion de l'âge des civilisations : une phase de jeunesse, notre Gothique (Moyen Age), à laquelle succède la maturité, notre Baroque (Epoque Moderne), puis la vieillesse au milieu de laquelle nous vivons (Epoque Contemporaine). C'est la même succession des formes doriennes, puis ioniennes, puis « romaines » dans le monde méditerranéen depuis les temps homériques jusqu'à l'avènement d'Auguste ? Des parallèles avec ce que nous savons des philosophie hindoues, de l'art égyp­tien ou des révolutions de l'ancienne Chine confirment cette impression du « cyclisme » de l'histoire humaine.

Le corps même de l'ouvrage n'est qu'une longue et savante justification de ce qui vient d'être avancé : justification métaphysique, en un premier tome, de divers pro­blèmes logiques soulevés par un pareil système; en parti­culier celui de la continuité de la notion de Nombre à travers les diverses civilisations ; d'autre part, la définition de l'idée historique du Destin face à la Causalité scienti­fique... Un second tome renferme la justification érudite de plusieurs des assertions historiques du système : en particulier, l'existence d'une civilisation « arabe » durant le premier millénaire de notre Ere qui est en effet l'époque de floraison des grandes religions universelles de souche « sémitique » (christianisme, manichéisme, islam, judaïs­me talmudique) . Spengler ne distingue pas moins de huit grandes civilisations qui se sont succédées en divers points du globe jusqu'à nos jours: civilisations égyptienne, mésopotamienne, chinoise, hindoue, gréco-romaine, orien­tale-arabe, mexicaine et occidentale-européenne, celle que nous vivons encore. Il tend à réserver le nom de «culture» à la période première de ces civilisations, pleine encore de sève et d'invention, pour laisser plus spécialement le nom de « civilisation » a leur phase de dissolution, quand disparait, dans l'impuissance, tout ce que des ancêtres vigoureux ont créé.

Il ne convient pas de surestimer l'originalité du sys­tème : pareil sentiment du cycle, de la fatalité, se retrouve à travers toute la spéculation germanique voire même européenne, depuis la foi calviniste en la Prédestination jusqu'au moyen nietzschéen du « retour éternel ». Et l'ancienne littérature des Celtes d'Irlande n'est-elle pas l'ex­pression la plus absolue de ce sens du destin, héroïquement accepté ? C'est Spengler lui-même qui nous avertit de ce qu'il doit à Nietzsche dont il a seulement, dit-il, « changé les échappées en aperçus ». De façon plus générale, cette pensée d'historien se rattache à tout le mouvement de spé­culation sur le temps, sur la durée, aux diverses « philosophies de la vie » fort en honneur depuis le début du siècle et dont H. Bergson serait en France le plus illustre repré­sentant («L'Evolution créatrice»). W. Dilthey, en Alle­magne, s'était engagé dans des voies similaires dès 1883, par sa curieuse «Introduction aux sciences morales». Nombreux ont été les historiens, les ethnologues allemands qui, dans le même temps, se sont efforcés de rechercher les lois de l'histoire universelle d'accord avec les résul­tats les plus poussés des sciences d'érudition : notons le grand explorateur africain Léo Frobenius, auteur d'un ou­vrage fort remarqué . A Spengler était réservé, semble-t-il, de les trouver et de les exprimer, pour la première fois, avec une netteté irréfutable .

Là, réside la nouveauté absolue de l'œuvre, comme sa valeur immense dans le domaine de la pensée non moins que de la pratique. Avant lui bien des penseurs, depuis Montesquieu, Herder... jusqu'à Hegel et Auguste Comte plus près de nous, s'étaient bien hasardés à esquisser une « philosophie de l'histoire », très littéraire encore. Karl Marx s'était approché le plus près d'une rigueur scienti­fique, dans son « Capital », lorsqu'il avait bâti toute une interprétation de l'histoire moderne sur la loi du « maté­rialisme historique ». Hegel, il y a un siècle aujourd'hui, avait, d'autre part, parfaitement défini en logique les con­ditions et les limites de toute interprétation de l'Histoire. De là au système d'idées absolument clos et, de plus, par­faitement concret, tangible, expérimentable, que forme l'in­tuition spenglérienne, il y a un monde ! C'est une forme nouvelle de pensée, un instrument nouveau que Spengler met entre les mains des peuples blancs, une exploration dans le domaine du temps : non pas une quelconque magie, il s'agit de possibilités psychologiques nouvelles que dé­gage aussitôt en nous la conscience de la fin pressante de la civilisation que nous subissons, en particulier celle d'en­visager de sang-froid les rapports des diverses nations et races de la planète... la possession de l'histoire entière est mise au service de notre avenir. Il ne faut voir là rien d'autre que la réplique, à trois siècles de distance, à l'ex­ploration tentée dans les espaces sidéraux par les premiers astronomes munis d'instruments à longue portée. « Une découverte copernicienne sur le terrain de l'Histoire», a-t-on pu dire (voir le § VI de l'Introduction). Spengler doit ce sens aigu de la relativité des événements à l'intérêt qu'il porte aux civilisations exotiques, non classiques, si souvent négligées par les historiens. Pour lui, une création en vaut une autre : l'architecture de l'ancienne Egypte n'est pas inférieure à notre calcul infinitésimal, la vieille morale de Confucius pas moins positive que toute la so­phistique rationnelle des socratiques,... il ne craint pas de mettre en parallèle pour leur rôle moral le bouddhisme primitif, le stoïcisme antique, et notre socialisme contem­porain ! Le coup d'oeil est devenu sans parti-pris, mais combien plus pénétrant !

Ce n'est pas aujourd'hui encore que sera saisie dans son ampleur la répercussion révolutionnaire de pareilles nou­veautés dans le monde des idées, ou — pour parler mé­taphysique — la possibilité d'ériger désormais en un sys­tème viable le monde intuitif des poètes, « l'univers-histoire », en face de « l'univers-nature », du règne de la science, si exclusivement tyrannique encore à l'heure ac­tuelle (l'opposition est esquissée au chapitre 2 du tome I) ! Mais, au simple contact de ces doctrines, des sentiments confus se réveillent en nous, un monde mystique tend à reparaître, qui dut exister dans la foi du moyen-âge et que l'éducation classique de la Renaissance avait peu à peu enfoui. Car enfin, est-ce bien le livre qui a bouleversé le monde d'après-guerre ? ou n'est-il pas seulement le pre­mier éclat, la première et insolite traduction littéraire de cette résurrection de l'âme du Nord, qui tend à se faire jour avec la violence d'un élément ? 

Le tome I du «Déclin de l'Occident» parut en 1918 et Spengler en dédiait alors la préface aux armées allemandes, espérant que le livre ne serait pas « tout à fait indigne des sacrifices militaires... » Après l'écroulement, parmi « la misère et le dégoût de ce temps », l'édition de l'ouvrage tout entier (1922) apparut d'abord comme un instrument de combat…

 

.../...

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Histoire
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 11:26

LUG

 

A c'halloudus !03---lug.jpg

Diwaller pep tra veo.

Mesaer ar stered.

Kadour meur.

Ra vezi meulet, a Lug !

Tad madelezus hor gouenn.

 

E kreiz an arvar edomp,

e-pad hor beaj spouronnus,

p'ac'h eus lakaet warnomp

da zaouarn lintrus

evit hon hencha en noz teñval.

Hag er beure boull lugernus

ec'h eus diskouezet d'imp

an inizi glaz,

ar c'hoummoul o sevel azioc'h d'ezo

eur gurunenn aour.

 

*

**

War guzat ez ae an heol.

N'oamp aet c'hoaz

m'en em sile e vannou diweza er sal vras

war ar c'hoadadur prenn-dero,

war an hanafiou dileuniet.

Gweñvi a rae an diviz ;

er gompezenn e save ar moged gwenn

diouz an tiez-soul.

Diwez eun devez hìnon e oa

eus ar vuhez heson a gimiademp diouti.

 

Para a rae al loar-gann ;

en hentou doun, a-hed ar c'hleuziou e kerzemp,

dindan he skeudenn groumm, he skeudenn c'hlan.

Tremen a raemp dre geriadennou moredet,

kousket enno an dud dirat ha dihuñvre,

lorc'h ennomp dre m'o diwallemp

gant hon armou.

 

Setu ni degouezet gant ar roc'h digenvez.

Arzao a vo amañ.

Kreñvoc'h e lamm ar gwad en hor gwazied ;

leun a nerz eman pep tra ;

an hevelep nerz a zo bet er c'halonou taer

o deus kresket hor gouenn

a deu betek ennomp hizio.

*

**

Petra ' rez te, e korn an oaled,

gant prenestrou serret ha stalafiou prennet,

o selaou reuzeudik ouz kammedou pounner

a laka an heirt da dregerni ?

 

Petra ' rez, pa emañ an avel

o redek war ar grec'hienn,

war ar reier kalet,

war ar geot lufrus ha druz, pleget ganti,

pa bar an heol, pa stourm pep tra ?

 

Deus ganimp da c'hoarzin, da youc'hal, da skei.

Hir e vo an hent, kaer e vo ar c'hrogad,

war ar roudou m'o deus kantreet warno

hon hendadou.

 

A zouar koz, a ouenn, a zo bet entanet ouzoc'h

hor c'halonou chalus,

roet hoc'h eus d'imp pep tra.

Kemend ali e feti d'imp adrei d’oc'h.

Desket hoc'h eus if imp penaes

e tie eur gwir Vrezon beva,

beva evit mervel,

mervel evit beva.

 

Ha soñj hoc'h eus, mabinog,

en nozvez-mañ ma oamp aet d’ober ged,

pa save Gwerelaouen war-du ar Reter,

pa selaouemp ouz kanenn didrouz ar stered

en noz garo.

 

Petra o deus kanet d’it ar stered ?

Kan kriz ha didruez ar c'hlod eo.

Bremaïk e vo goulou-deiz ;

diougan arne a zo gant an oabl ru.

Sell ouziñ 'ta, diskouez d’iñ da zaoulagad.

Seder int. Da nerz a vo va nerz.

Deomp a gevret

d'an argad benniget.

 

Aotrou ar sklêrijenn !

Digor eo da Ved evidomp

da vibien doujus.

Kinnig a rez d'imp e vadou

Broiou   da aloubi,

hentou da ergerzout,

goulou-deiz d'az saludi

serr-noz d'az azeuli ;

klezeier da lufra,

enebourien da laza,

avel da lonka,

mezeglen da eva

gant ar re wella

ez Kwenva.

KADWALLON

 Gwengolo  1937.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Chants et poèmes
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Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 14:50

02---Demarrage.jpgL'année 937 fut une grande année dans l'histoire de Bretagne : elle a marqué la résurrection de notre pays dévasté par les pirates du Nord. L'année 1937, à un intervalle de mille ans, sera peut-être considérée plus tard comme le point de départ de la seconde résurrection de notre patrie, après qu'elle se soit trouvée pour la deuxième fois au bord du tombeau.

Depuis quelques quinze ans, presque chaque année a enregistré sous un rapport ou sous un autre un progrès dans la voie de notre relèvement national. Il y a eu l'année de la naissance de Gwalarn, celle de Breiz Atao hebdomadaire, l'année de la fondation du Parti Autonomiste, celle de la destruction du monument de l'Union et celle de la première Auberge de Jeunesse. Mais, il ne semble pas qu'aucune année ait encore apporté comme 1937, un pareil faisceau de réussites et surtout de témoignages certains du démarrage pour de bon de notre mouvement national. On pouvait encore songer, il y a un an, à écrire une étude sur les causes de notre «piétinement». Nous voyons maintenant qu'il n'y avait pas piétinement, mais germination. Il suffisait d'attendre.

A Perros-Guirec, assises de l'ABES, l'Union pour 1'Enseignement du Breton. Pour la première fois, des parlementaires s'y rendent et y prennent part. Peu importe ce qu'ils disent. Leur présence à cette réunion, de même que la constitution spontanée peu de temps avant à la Chambre d'un groupe actif de Défense des Intérêts Bretons, prouve seulement une chose, c'est que l'idée bretonne se révèle cette année comme un facteur électoral que personne ne peut plus négliger. Il en est ainsi parce que l'idée bretonne est entrée dans le peuple. Elle a quitté les cercles restreints qui l'ont élaborée, elle a commencé à vivre de sa vie propre dans les masses, elle est devenue un mythe populaire. 1937 pointe le succès décisif de notre propagande générale.

Sur les landes du Trévézel, pour la première fois, de jeunes Bretons se réunissent pour se plier volontairement à une discipline militaire. Ils marchent en colonne la tête droite, les membres tendus, sans une parole. Ils manœuvrent sec au commandement, en breton bien entendu. Ils souffrent sans mot dire des fatigues de la marche et des exercices, du froid des nuits, de la pluie. Ils s'entraînent à la signalisation. Année 1937 : l'armée bretonne est née, (n'aurait-elle que 5 ou 50 hommes).

Congrès du Parti National à Carhaix. Des tendances différentes vont s'affronter, des questions de personnes ont été soulevées. Va-t'il se produire ces vains chocs d'amour-propre qui, jusqu'ici, ont toujours brisé les efforts bretons au moment où ils vont porter leurs fruits ? Contrairement aux pronostics de ceux qui croient connaître « leur » Bretagne, Carhaix est un congrès d'union et de discipline patriotique. Dans les annales du mouvement, 1937 restera l'année où, pour la première fois, dans des circonstances qui, auparavant, avaient toujours été fatales, l'esprit politique a triomphé de l'esprit de clan. Année 1937, année de maturité politique : les valeurs nationales ont eu la primauté.

Plougastel. Un à un, devant l'assistance la plus choisie de Bretagne, les conférenciers se succèdent à la tribune. Il s'agit de sciences, de métiers, d'arts, de tout l'effort de ceux qui, dans les sphères les plus différentes, cherchent à rendre son rôle à l'esprit breton et à mettre les choses dans leur ordre naturel. Il y a trois ans, les conférences étaient en français ; l'année dernière, à Roscoff quelques unes furent en breton. Cette année, la majorité des conférenciers s'exprime dans la langue nationale, et l'on peut dire en entendant l'un parler d'artisanat ou l'autre de questions maritimes, dans une langue châtiée et technique, sans qu'il soit fait le moindre appel aux terminologies internationales ou aux formes dialectales, qu'en 1937, le breton, langue de culture moderne, est entré en usage public.

Daoulas, réunion des Amis de Stur. Tous les éléments du mouvement breton ont leurs représentants, réunis et fondus par leur commun souci de réaliser, en commençant par la pensée, une totalité bretonne. Nous pouvons rire des marxistes qui n'existent que par un livre. Nous, nous élaborons notre être conscient et toute notre vie en fonction du principe breton. Nous avons porté l'idée bretonne au centre de l'homme breton. Les conflits qui en résultent doivent être compris comme une conséquence logique des divergences naturelles qui existent entre les hommes. An 1937, une élite bretonne a pris conscience de ses liens et de ses responsabilités.

Camps de Trézevel et de Sizun, de Menez Kador, de Penfoull, de Plouger et un peu partout sur les pistes de Bretagne : nuits sous la tente, nuits dans les champs ; courses sans bagages ; torses nus qui se penchent à l'aube sur l'eau fraîche des fontaines ; repas debout en riant, d'un quignon de pain et d'un quart de café, de n'importe quoi ; vie à la dure et à la diable, peau tannées comme du cuir ; jamais d'argent, jamais d'hôtel, et de la joie à faire éclater le cœur. Etreinte du sol de Bretagne. Année 1937 : les corps ont compris.

Exposition de Paris. Par les formes et les couleurs, les jeux d'ombre et de lumière, le verbe s'alliant à la plastique, l'âme nationale de notre peuple trouve sa première éclatante expression, synthèse magnifique et parlante de tout ce qui a été senti, pensé, voulu et fait depuis cinquante ans par trois générations de poètes, de peintres, de sculpteurs, d'écrivains, de savants et d'hommes politiques. An 1937, pour la première fois, la Bretagne s'est manifestée publiquement sans nous décevoir; bien plus, elle nous a émerveillés.

Pas de cloisonnements, pas d'hommes partiels : tous communient. Le poète milite dans les rangs du parti ; le savant va dormir sur la paille ; l'artiste sonne des danses; l'écrivain enseigne les étudiants; l'athlète apprend des leçons de grammaire. Ils marchent ensemble, ils rient ensemble, ils mangent à la même table, tous différents, tous semblables. An 1937 : le Breton «total» est né.

Les heureux : ceux qui ont compris. On les remarque à leur manière de marcher, de porter la tête, d'entrer dans un lieu public, d'adresser la parole à un paysan sur le chemin. Ceux-là savent que la Bretagne est leur chose et que nous serons les vainqueurs de la lutte. Ils ne se soucient ni de circonlocutions, ni de compromis. Ils n'ont plus besoin ni de discuter, ni de démontrer : ils vont leur chemin sainement et d'un pas vif. La victoire est là tout près, ils la sentent comme de bons chiens de chasse, et leurs mains sont prêtes à l'empoigner. Ils sont gais, parce qu'ils sont sûrs de la fin. La Bretagne gagnera et la France est foutue, irrémédiablement foutue, ils le savent. Une énorme force les possède et les emporte, et emporte les autres avec eux. An 1937 : le Breton conquérant a pris possession de la Bretagne.

Il y a encore des nains qui n'ont rien vu de tout cela et qui continueront à murmurer que « ça ne va pas ». Laissons les dire ; il faut de tout pour faire un monde et une nation.

Stur.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Editoriaux
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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 04:30

    Les idées que nous avons mises en circulation dans le mouvement breton depuis que no01---Entre-nous.jpgtre doctrine se précise, n'ont pas été sans y causer une certaine perturbation. On ne se fait pas faute de nous en faire grief. Hélas, nous ne parvenons pas à nous désoler de cette agitation des sentiments et de l'esprit, qui s'éveille parmi nous. Toute prise de position nouvelle entraîne nécessairement une modification des rapports humains et elle s'accompagne des heurts que rencontre toujours ce qui est nouveau.

    La bagarre dans les cerveaux, en cette année 1937, nous rappelle la bataille dans les cœurs que détermina, entre les années 1922 et 1927, l'affirmation nationale de BREIZ ATAO. Mêmes indignations, mêmes reproches de diviser le mouvement, mêmes critiques de s'inspirer de « l'étranger», même paresse à renouveler une manière de penser qui est devenue une indolente habitude !

   Pourtant le programme de nos préoccupations s'est considérablement modifié au cours de ces dernières années et il n'est pas inconcevable que nous abordions des problèmes qui jusque là ne se posaient guère. La question n'est plus de savoir si la Bretagne est ou n'est pas française, si son intérêt est ou n'est pas de se gouverner elle-même. Qui n'est pas encore fixé sur l'un ou l'autre de ces points, fait désormais figure parmi nous de fossile ou d'ignorant. La question est de savoir si la Bretagne est capable de se doter d'une culture originale ou si elle doit se contenter de mettre en breton les conclusions d'une philosophie étrangère.

   Certains n'ont pas encore fait face au dilemme. D'autres n'en prendront jamais conscience, parce qu'ils sont inaptes à s'élever au-dessus d'un certains niveau de discernement. Nous ne songeons pas à nous en désoler. Il est normal et même excellent que notre revue ait des adversaires en même temps que des amis. STUR n'est pas fait pour tout le monde. Nous ne demandons rien à ceux qui ne sentent pas, qui ne comprennent pas, sinon de ne pas nous faire l'excessif honneur de nous considérer comme le fait le plus important de l'année !

    Dieu merci, le sort de la Bretagne ne se jouera pas autour d'une table de café ou sous les ombrages d'un camping anodin. Il se jouera sur un terrain où les moitiés d'hommes et les petites filles imaginatives rempliront par la force des choses un rôle effacé, quelle que soit leur bonne volonté !

Il serait pourtant bien facile de se mettre d'accord sur le principal. On VEUT ou on ne veut pas que l'action bretonne réussisse ; si on le VEUT, on doit faire le NECESSAIRE, sans ce soucier autrement de ce qui distrait, rapporte ou amuse. Les militants bretons qui font de l'action bretonne quand ça leur plait, si ça leur plait et avec qui leur plait, ne sont pas des convaincus, mais des esthètes. Le nationalisme breton, en ce qui les concerne, a tout à redouter de la concurrence du ping-pong ou de la philatélie.

    Quand on VEUT, on fait les sacrifices nécessaires de temps, d'ambition, d'orgueil, de liberté et d'argent. On se prive du plaisir de colporter des calomnies et de celui de plastronner, parce que ces manies usent et divisent un mouvement ; on a en vue, non pas son succès personnel, mais celui de l'œuvre : ON SERT, et avec effacement s'il le faut.

    Ici, nous voudrions que chaque ami de notre revue se réfère systématiquement à cette seule préoccupation : CE QUE JE VAIS DIRE OU FAIRE EST-IL UTILE AU MOUVEMENT ?

    Tant que notre rassemblement n'agira pas sous le signe de ce commandement exclusif, aucun sentiment, même le plus fort, aucune doctrine érudite ne sauvera la Bretagne.

    La Bretagne ne sera sauvée et grandie que par des hommes qui commenceront par être maîtres d'eux-mêmes.

La Direction.

 

STUR n° 11 Octobre 1937

Par Cian - Publié dans : Editoriaux
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Olier Mordrel - Suisse - 1937

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  • : Kevarc'h!! Suite à la demande de plusieurs de mes camarades, je vais essayer de mettre la majeure partie de la revue d'Olier Mordrel "STUR" sur ce blog. Et ce, afin que les textes de cette revue devenue rare, soient disponibles pour les patriotes bretons et ceux qui veulent se faire un avis sur la revue autre que le point de vue partial que l'on peut trouver sur le net. Ces textes d'avant garde sont bien entendu à remettre dans le contexte troublé des années 30 et 40.
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Je cherche à me procurer les mémoires effectués par m. Yann Fournis à l'institut d'études politiques de Toulouse intitulés:
- Le deuxieme emsav: des nationalistes bretons en général et du bezen Perrot en particulier (1995)
- STUR : la "Revolution conservatrice" bretonne (1996)
Trugarez
Cian

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Je recherche également le numéro du 8 décembre 1934 de l' Elsass Lothringer zeitung.

Trugarez
Cian
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Remerciements:

Je remercie particulèrement Trystan pour son aide et pour ses magnifiques photos familiales.
Cian

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