Le titre de cet article nous a été inspiré par certaines considérations émises au
cours d'un entretien que nous eûmes avec le directeur de «Stur».
En adoptant ce titre, nous tenons à déclarer que pour tous ceux qui s'opposent
àl'emprise de la mécanisation qui nous guette de toute part (et principalement sur le plan politique), que pour tous ceux qui, sur les ruines de la tyrannie de la mécanisation, veulent construire
l'ordre de la vie, le point de départ réside en ces réalités naturelles, qui, tout en étant niées par le rationalisme libéral, se voient restaurées petit à petit.
Les valeurs qui pour eux peuvent entrer en ligne de compte et qu'ils jettent dans la
balance sont des valeurs de l'essence.
La grande réalité que nous présentons ici est l'existence du peuple
néerlandais, mais que l'on nous entende : un peuple est pour nous une communauté humaine dont l'essence réside en un complexe de qualités de l'âme, de vertus dominantes qui
composent le caractère éthique du peuple, et que la communauté populaire s'applique à conserver et à conduire au suprême perfectionnement de lui-même, ce qui est son véritable but.
Le fondement — physique et psychique — de ce caractère nous est donné dans la nature
propre (eigen aard) du peuple. C'est ici que la descendance et la constitution racique jouent un rôle important. Quant àla culture, en elle la personnalité totale du peuple, et
principalement ce qui y participe de l'esprit, trouve son expression.
Tout en soulignant que l'essence d'un peuple est d'ordre éthique, il est juste, vu les
facteurs principaux qui en constituent la base naturelle, vu la structure même du peuple, dont la famille est le noyau, de désigner la communauté populaire comme un tout organique. Nous appelons
un peuple une réalité naturelle par antithèse avec ce qui est construit d'une façon mécanique, forcée, calculée. (Une telle façon est par exemple le jeu diplomatique ou l'art des « faiseurs de
nations » de l'Europe des derniers traités de paix !)
Le territoire du peuple néerlandais (thiois) s'étend de
Dunkerque à Maëstricht et de Bruxelles à Delfzyl. (Le domaine qui appartient à la langue néerlandaise — et nous considérons
cette langue non pas comme la caractéristique essentielle de notre réalité en tant que peuple, mais comme une des principales — se limite au sud par une frontière linguistique qui n'a que fort
peu varié au cours des siècles) (2).
A l'intérieur de ce territoire que nous venons de situer fort sommairement, l'on fait
généralement la distinction entre un « peuple hollandais » et un « peuple flamand ».
Cette distinction qui repose pour certains sur des raisons politiques et pour d'autres
sur des bases affectives ne possède aucune réalité du point de vue de l'essence. Les concepts « Flandre » et « Hollande » ne sont dans la vie courante que des commodités de langage pour
désigner certaines parties d'un tout.
Ceux qui entendent par « Flandre » cette partie de la réalité néerlandaise qui se
trouve à l'intérieur des frontières de l'état belge, réunissent sous ce vocable des Flamands, des Brabançons et des Limbourgeois, tout en en excluant les Flamands de la Flandre dite française et
de « Zeeuwsch Vlaanderen ».
Dans cette autre partie que l'on appelle « Hollande », nous retrouvons des
Hollandais (dans le sens strict du mot), des Brabançons, des Limbourgeois, des Groningois, etc...
Pour nous la vérité — la réalité — est la suivante : la Flandre, le Brabant, le
Limbourg, la Hollande, la Groningue, etc., ne sont que les parties organiques de ce tout qui est la Néerlande.
Un peuple est quelque chose de vivant, et en tout ce qui vit, il y a de l'unité dans la
diversité. Nous ne devons pas considérer l'unité du caractère national comme quelque chose d'uniforme, mais comme une unité pleine de variantes.
Brabançons, Flamands, Hollandais, Limbourgeois, etc., forment chacun, à l'intérieur de
la communauté néerlandaise, un groupe particulier. Ce sont des petites unités de caractère dans la grande unité du caractère néerlandais ou thiois.
Ce qui importe seul, c'est l'harmonisation de ces particularités, de tout ce
qui a sa couleur propre, son accent à lui, dans le grand ensemble.
La définition philosophique du concept « peuple » n'est que de date fort récente chez
nous. La conscience de l'unité néerlandaise est née bien avant que l'on n'ait reconnu en quoi réside l'essence d'un peuple, la différence entre ce qui est national dans le sens primaire, et
national dans le sens secondaire. Ce qui est certain c'est que le sentiment de la communauté du sang a toujours nourri cette conscience. Dans les temps modernes, sous l'influence du romantisme,
l'on a commencé par mettre la communauté de langue à l'avant-plan des éléments qui caractérisent un peuple, et avec la langue une culture commune.
Parmi ceux qui, pour quelque raison que se soit, refusent d'accepter les conséquences
politiques de l'unité du peuple néerlandais, il n'y en a guère, qui ne soient prêts à maintenir et à développer les « liens » culturels entre les parties de cette unité. En ce qui concerne le
présent, la conscience de l'essence du peuple s'accompagne d'un approfondissement de ce que nous avons caractérisé comme étant le fondement naturel de cette essence.
La descendance et la composition racique du peuple néerlandais se trouvent chez les
jeunes au premier plan de leurs préoccupations. Si nous nous arrêtons ici quelque peu sur ces points, nous ne le ferons cependant que d'une façon fort sommaire, car cette étude ne peut être
considérée que comme une première approximation.
En ce qui concerne la thèse selon laquelle les Francs, les Frisons et les Saxons
seraient les ancêtres du peuple néerlandais, le Dr G. Schamelhout nous a montré, au cours d'un de ses plus récents ouvrages, qu'elle était parfaitement fondée, aussi bien au point de
vue linguistique, qu'historique.
Avant la retraite des Romains, avant l'invasion de nos contrées (les Pays-Bas près de la
mer, comme on les appelle depuis le moyen-âge) par les peuplades germaniques, qui se fit au cours des IVe et Ve siècles, les derniers survivants des tribus préhistoriques avaient été soumis par
des Celtes et des Belges, c'est-à-dire par des hommes qui, selon le témoignage des auteurs classiques, avaient de fortes ressemblances avec les Germains et qui leur étaient certainement
apparentés.
Le sang romain ne s'est que fort peu répandu dans nos contrées. En ce qui concerne la
Néerlande du sud, la romanisation y fut beaucoup moins poussée qu'en Wallonie. Que le peuple néerlandais est de par sa descendance un peuple germanique, voilà un fait définitivement
acquis.
Les contrées originairement franques, saxonnes ou frisonnes peuvent être encore
aujourd'hui parfaitement reconnues tant au point de vue philologique que caractérologique. L'origine frisonne se retrouve facilement dans le Noord Holland ainsi que le long des côtes, jusqu'en
West-Flandre. Dans le nord, les provinces de Groningue et de Drente, ainsi que la Gueldre sont particulièrement saxonnes, tandis que dans la Flandre française de nombreuses indications
toponymiques y témoignent également de la présence des Saxons. Les dialectes néerlandais parlés dans le Zuid-Holland, la Flandre Orientale, le Limbourg et le Brabant sont d'origine franque, et
particulièrement franque d'Ouest.
Tout en tenant compte d'une certaine fusion, l'on peut dire que depuis le XIIe siècle
les Frisons, les Saxons et les Francs se sont confinés dans les mêmes contrées. Tant en ce qui concerne la formation de la langue néerlandaise que la personnalité totale du peuple néerlandais,
l'influence des Francs a été prépondérante.
Du point de vue de la race, le peuple néerlandais est un composé des races
nordique, alpine et (dans une moindre mesure) méditerranéenne. L'élément nordique y est cependant dominant et déterminant, et il le restera si le peuple néerlandais parvient à se
préserver à temps du « métissage » qui peut s'accomplir par les voies les plus diverses (les juives et les autres). Un mouvement national, qui comprend où le bât peut blesser,
agira en ce domaine avec autant de sagesse que de vigueur.
*
**
Il est évident que la première tâche d'une politique nationale néerlandaise, qui soit
vraiment et pleinement digne de ce nom, sera la suivante : la réunion et la consolidation de la communauté néerlandaise, actuellement déchirée sur trois territoires, en un état qui sera
l'expression et le couronnement de l'essence populaire, la forme suprême de la volonté commune de vivre, de préserver et de parfaire le trésor des vertus néerlandaises. Dans le cours de
l'histoire toutes les contrées thioises, néerlandaises, ont été réunies en un état : la première fois sous le règne de la Maison de Bourgogne, une deuxième fois lors de la création du royaume des
Pays-Bas de 1815 à 1830, mais aucune des deux ne s'est accomplie par la force, par la volonté créatrice même du peuple néerlandais.
Le complexe bourguignon est né de l'impulsion conquérante des Ducs bourguignons qui,
pour le peuple néerlandais, n'étaient que des seigneurs « étrangers ». Le royaume des Pays-Bas de 1815 à 1830 est né sur l'échiquier international de par la volonté des puissances européennes,
notamment la Prusse et l'Angleterre. L'état bourguignon aussi bien que le Royaume des Pays-Bas de 1815-18130 englobaient dans leur territoire des éléments allogènes, des populations étrangères au
peuple néerlandais, thiois. Ces populations n'en différaient pas seulement par la langue, mais encore par leur caractère, par leur nature même. Les péripéties de la lutte contre la domination
espagnole, au XVIe siècle, ainsi que la révolution « belge » de 1830, qui fut principalement l'œuvre des Wallons et des Français, ont prouvé à suffisance que des populations étrangères l'une à
l'autre de par leur essence, de par leur nature physique et psychique ne peuvent être unies valablement en un seul état. Il leur est impossible de vivre d'une manière durable sous le signe de
l'union et de la concorde.
Si lors de la lutte contre la domination espagnole, une république néerlandaise a pu se
constituer dans le nord, tandis que des fragments de la Flandre, du Brabant et du Limbourg restèrent dans le Sud sous le joug espagnol, pour passer par la suite entre les mains de l'Autriche et
de la France, il en est résulté nécessairement un certain éloignement entre le Nord thiois et le Sud thiois.
Il serait absurde de vouloir nier cet éloignement qui est la résultante logique d'une
évolution différente de chacune de ces « parties ». Mais il n'est pas moins absurde de vouloir conclure de cette différence accidentelle, due aux hasards de l'histoire, à une différence
essentielle, entre ce que l'on s'est mis à appeler le « peuple hollandais » et le « peuple flamand ». En ce qui concerne l'évolution religieuse, le fait que le Nord soit devenu en grande partie
de confession protestante au cours du XVIe siècle, tandis que le Sud est demeuré catholique, est pour certains une preuve irréfutable qu'il aurait été dans la nature du Thiois du Sud de rester
fidèle à l'église romaine. Ce que l'on oublie alors, c'est que le protestantisme néerlandais est principalement né dans le Sud, chez les Flamands et les Brabançons, et que ce n'est que la force
des armes qui a rattaché d'importantes contrées du Nord au protestantisme, tandis que le Sud de par la volonté de ce même argument a été ramené dans les voies du catholicisme. Mais ce que l'on
oublie encore plus volontiers, c'est que ce qu'il y a d'essentiellement national dans un peuple, ce qui constitue son essence même, n'est spécifiquement ni catholique, ni protestant, ni
payen.
Si nous remontons au Moyen-âge, nous voyons que c'est dans le Sud des Pays-Bas que se
trouve le centre de gravité spirituel et économique du pays, c'est là que l'art et la littérature néerlandaise prennent naissance (et c'est là que Bruges, la ville hanséatique, concentrera le
commerce de tout le monde occidental) ; il se déplace ensuite de la West-Flandre vers le Brabant et — après la séparation de nos provinces au XVIe siècle — c'est enfin la République du Nord qui
reprend le flambeau. C'est maintenant la Hollande qui donne le ton ; les « régents » avec leur besoin d'expansion coloniale y entrent en conflit avec la Maison régnante d'Orange, qui
voudrait reconquérir les provinces thioises restées sous le joug de l'Espagne. Le XVIIe siècle devient le « siècle d'or » du Nord, mais notons en passant •que de nombreux émigrés flamands et
brabançons ont largement contribué par leur intelligence et leur incessante activité, tant dans le domaine de l'esprit que du commerce, à réaliser cette ère de prospérité.
Ruiné, exsangue, épuisé culturellement par l'émigration de son intelligentsia, le Sud
continue à vivre une existence précaire, quoique son génie créateur ait eu un dernier sursaut d'énergie en Rubens.
Et depuis la tentative avortée d'annexion à la France, lors de la fameuse révolution de
1830, ceux qui détiennent le pouvoir en « Belgique » (Wallons et Fransquillons) ont beau jeu dans leur francisation systématique, dans leur mépris de l'élément néerlandais du nouvel état. Tandis
qu'en « Flandre » la majorité de la population, épuisée et hébétée aux limites du possible, se laisse faire, quelques hommes conscients de leur dignité nationale se sont opposés avec courage au
fransquillonisme. C'est cette réaction que l'on a appelé le « mouvement flamand ».
La conscience de l'unité du peuple néerlandais est profonde chez quelques chefs de la
trempe d'un Willems ou d'un Snellaert. Elle donne une orientation précise à leurs aspirations nationales. Mais il faut reconnaître que le mouvement flamand, dans lequel le romantisme linguistique
prend le dessus, se perdra bien vite en un dilettantisme « belge ». Sur le plan politique il se résume à une simple lutte parlementaire en faveur du « droit des Flamands » à l'aide de « lois
linguistiques » qui, une fois votées après des palabres sans fin, ne sont faites que pour être violées ou ne jamais être appliquées dans la pratique... Mais point n'est ici le moment de
s'approfondir sur cette tragi-comédie ! Ajoutons que la conscience de l'unité néerlandaise ainsi que le désir de voir son accomplissement sur le plan politique d'un état unique ont été
principalement le fait d'êtres considérés comme des espèces de dégénérés par les politiciens cent pour cent : les poètes.
Dans le nord, ce sont les figures les plus représentatives de la vie de l'esprit qui
saisissent les conséquences « grand-néerlandaises » de l'évolution « flamande ». Nous ne nommerons que Thym, Busken Huet et Multatuli. En pratique, l'idéal « grand-néerlandais » ne parviendra à
se faire jour que sur le plan culturel, au cours de congrès linguistiques et littéraires. Politiquement parlant, la« Flandre » seule est impuissante ; quant au gouvernement de la Haye, il a
peur... Les intérêts commerciaux aux Indes Néerlandaises sont plus chers aux dirigeants libéraux du Nord que le sort des membres opprimés du peuple néerlandais.
L'« activisme flamand » qui s'est manifesté pendant la guerre n'a été que partiellement
révolutionnaire ; dans ses larges couches, il est resté loyal à l'égard du gouvernement du Havre. Ce qui n'empêche que la Belgique victorieuse, s'est montrée impitoyable envers les
« activistes » (3). C'est par centaines qu'ils ont été jetés en prison, par dizaines qu'ils ont été condamnés à mort, et si l'on additionne toutes ces années de prison cellulaire on arrive à
des chiffres incroyables ! La partie néerlandaise de la Belgique n'était plus que ruines, 80 % des soldats « belges » morts au champ d'honneur étaient des flamands, c'est-à-dire des
néerlandais!
Le « Nationalisme flamand » d'après-guerre a conservé de l'activisme et de 1'«
opposition flamande » du front la devise d'une « Flandre indépendante », ainsi qu'un peu de leur dynamisme. Oscillant entre le séparatisme et le compromisme, morcelé en dizaines de formations
concurrentes, sans cohérence interne, ce mouvement n'est parvenu ni à se constituer un programme net conçu intelligemment, ni à réunir les groupes épars en une formation unique et forte. Au
moment même où il déballa son « statut fédéral » de l'état belge, qui se résumait à une simple réforme du système parlementaire belge, la tendance « grand-néerlandais » des jeunes couches du Sud
et du Nord (des éléments radicaux, c'est-à-dire de ceux qui voulaient attaquer la question à sa racine triomphalement.) « Grand-néerlandaise », ou plutôt néerlandaise, dans le sens plein du mot,
était l'organisation qui s'appelait « De Jongnederlandsche Gemeenschap », mais son activité ne dépassa guère celui des noyaux de base.
Il appartiendrait au mouvement Dinaso (1932), de concevoir politiquement et
dans toute son ampleur l'unification de toutes les régions thioises, sur les bases de la communauté populaire. Tandis que dans le Nord, les membres de quantité de petits mouvements dits de «
renouveau national » se désintéressaient de la « Flandre » pour se contenter d'être des fascistes à la manière italienne, ou des nationaux socialistes à la manière allemande, le mouvement Dinaso
trouva la formule qui conciliait à la fois les préoccupations sociales et nationales, en les résumant dans le programme du « Nationalsolidarisme Thiois ». Ainsi naquit la première formation
politique qui englobait tout le peuple néerlandais. C'était en même temps le premier mouvement nationaliste possédant des directives sociales cohérentes, découlant d'une conception
organique de la communauté. Le départ était magnifique, mais cela changea bien vite ! Peu avant le troisième Congrès annuel, le chef annonçait une « nouvelle orientation » qui devait conduire le
mouvement dans les marécages du libéralisme étatique. Les théories maurassiennes absorbées jadis par le chef et que l'on croyait dépassées et oubliées depuis longtemps, commencèrent leur travail
néfaste. L'état thiois que le mouvement déclare dès lors vouloir construire n'est plus qu'une reconstitution de l'état bourguignon, ou plus justement la formation d'une grande Belgique qui
engloberait la Belgique actuelle, le Royaume des Pays-Bas et le Grand-duché de Luxembourg. A l'occasion de cette orientation nouvelle, les Wallons (que les néerlandais « flamands » ont toujours
considérés à juste titre comme des « barbaroi » à l'égard du peuple néerlandais, et contre lequel ceux-ci n'ont jamais agi que comme des éléments de décomposition) sont brusquement placés sur un
pied d'égalité avec les Frisons.
Cette « nieuwe marschrichting » est défendue dès lors à grand renfort de verbiage sur
l'hégémonie thioise dans le nouvel état ; elle se réfère aux « grandes puissances européennes » (en réalité il ne s'agit que de l'étatisme libéral que ces puissances représentent), ainsi qu'aux
arguments d'un matérialisme aussi vulgaire qu'impuissant. Mais dès lors ce sont aussi des dithyrambes sans nom en l'honneur du chef élu, à côté desquelles la plus stupide rhétorique « latine » à
l'éloge d'un chef n'est qu'une chose bien fade... Pour les jeunes forces encore foncièrement saines qui se sont laissées prendre au piège, la situation est vraiment tragique ! Si la Belgique
laisse le mouvement Dinaso en paix, si des « belgicistes » avérés coquettent avec lui, si des fransquillons, qui ne seront jamais que des fransquillons, le soutiennent, nous ne pouvons y voir
qu'une condamnation.
Maintenant, si l'on nous demande où se trouve actuellement la vraie pensée néerlandaise,
orientée vers la construction d'un état thiois, dans sa forme pure et saine, basée sur la réalité du peuple néerlandais, comme donnée naturelle et organique ; où elle se trouve, sans
sous-entendus, non pas comme devise (que l'on déroule ou camoufle selon les circonstances), mais comme acte de foi véritable que l'on vit pleinement et auquel on se donne tout entier, nous
répondrons qu'elle ne se trouve pas plus dans les « grands mouvements » en marge du Dinaso, dans le N.S.B. (Parti National Socialiste) au Nord, le V.N.V. (Union Nationaliste Flamande) au
Sud, que dans le Dinaso lui-même. Au sein du N.S.B., chaque mot, chaque parole au sujet de « l'unité thioise » n'est qu'un slogan officieux. Quant au V.N V., en dépit de toutes ses déclarations «
thioises », il est parvenu à conclure un accord avec ce mouvement spécifiquement belge qu'est le Rexisme du français Degrelle. Tous ces mouvements, qu'ils s'appellent thiois, néerlandais ou
flamands, ont ceci de commun, c'est qu'ils préfèrent les compromissions d'une tactique facile à l'action, qui conserve un principe aussi juste qu'inébranlable depuis le départ jusqu'à la fin.
Actuellement l'idéal néerlandais, thiois, se trouve entre les mains de la jeunesse, d'une jeunesse qui ne se laisse ni tromper, ni acheter. Elle est déjà en marche par-ci, par-là, en des
formations serrées, sinon grandes par le nombre. Elle ne méprise guère ce qu'il reste de bon et de sincère des mouvements « flamands » ou « néerlandais » de jadis, et c'est avec cet acquis
positif qu'elle part à l'assaut de l'avenir. Cette jeunesse est réaliste, mais dans un autre sens que les-épiciers qui ne comprennent que ce qui se trouve pratiquement à la portée de leur main.
L'idéal thiois n'est pas un mirage pour cette jeunesse, mais la vision d'un bien qu'il lui faut conquérir en luttant et en travaillant durement, et pour lequel, le cas échéant, elle saura
également souffrir et mourir.
C'est avec une rare lucidité qu'elle envisage les difficultés, les petits et les grands
obstacles qui se trouvent au travers de son idéal. Elle ne les nie guère, elle ne les escamote point, mais elle « agit » avec cette foi qui déplace les montagnes, avec cette exaltation qu'elle
puise aux sources même des valeurs de l'essence. L'enthousiasme né de ces valeurs, doit assurer le triomphe de l'ordre de la vie sur ce que j'ai appelé au début de cet article : la tyrannie de la
mécanisation. C'est pour son propre peuple, en se rappelant le proverbe : « charity begins at home » qu'elle veut accomplir cette mission, et cela non pas en fonction des autres nations,
ni dans une indifférence complète pour le sort et l'avenir des autres peuples, pour le sort et l'avenir de tout un « continent ». Le « Dietschland » qui fait l'objet de ses préoccupations, elle
le voit comme un donjon de l'âme, comme un jalon de l'esprit, une clef de voûte du droit et de la paix, dans une Europe délivrée du chaos étatiste et enfin rebâtie sur la base des communautés
populaires.
WIES MOENS.
(1) AVIS AUX LECTEURS ! — « Thiois » est synonyme de « Néerlandais ». Le premier vocable, qui est le plus ancien (on parlait de langue
thioise bien avant de parler de langue néerlandaise), a été remis en vogue par le mouvement politique de ces dernières années. Quant à l'emploi qui est fait ici des mots « national », «
nationalisme » et « nationaliste », il est à noter que leur signification se rapporte toujours aux choses du peuple, de la
communauté populaire. L'histoire du peuple néerlandais (non d'une partie mais du tout) a été décrite par le D P. Geyl dans son ouvrage « Geschedenis van den Nederlandschen Stam ». (Ed.
Wereldbibliotheeh à Amsterdam). Une étude sur la structure ethnique de 1a « partie flamande » du peuple thiois a paru récemment aux éditions « Die Poorte » (Oude God), sous le titre « Herkomst en
ethnische Samenstelling van net Vlaamsche volk ».
(2) Le territoire de langue française, qui s'étend entre la limite linguistique du
flamand et une ligne idéale joignant Lille à Boulogne, a été jusqu'au XVIe siècle de langue néerlandaise et a conservé une physionomie thioise incontestable. Certains auteurs le comprennent dans
le tracé d'une grande Néerlande. — N.D.L.R.
(3) Notre collaborateur M. Wies Moens a lui-même été enfermé pendant deux ans. — N. D.
L. R.
STUR n° 10 Juillet 1937
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